Entre ombre et lumière, les femmes el-Assad

1 août
Asma et Bachar el-Assad le 12 juillet 2008, crédits: Ammar Abd Rabbo

Asma et Bachar el-Assad le 12 juillet 2008, crédits: Ammar Abd Rabbo Flikr: cc


A la veille du Ramadan, l’armée syrienne a lancé une grande offensive contre Hama. Bilan : plus de 100 morts en une journée. Depuis le début de la révolution, on parle beaucoup du clan Assad. Pourquoi et comment parvient-il à se maintenir au pouvoir? Les analyses pleuvent sur les hommes de la famille, Bachar, ses frères, beau-frère, cousin ou oncle. Mais peu de mots sur les femmes du clan… Pourtant la mère de Bachar, Anisa Makhlouf, et sa soeur, Bouchra, exercent une influence indéniable dans le pays. Les Martiennes se sont intéressées à ces femmes dans l’ombre et leur pouvoir réel ou supposé.

Asma el-Assad, la Première dame de Syrie, serait de retour en Angleterre, où elle a grandi. Mais son départ de Syrie ne serait pas dû aux manifestations, mais à une agression violente de son beau-frère Maher. Cette rumeur circule dans la communauté syrienne française. Invérifiable, elle est révélatrice des informations sur les femmes de la famille Assad. A part ces bruits, c’est le black-out. Difficile d’obtenir un témoignage sur des faits précis et reconnus. Ce qui est certain, c’est qu’en Syrie, ces dernières sont puissantes. En coulisses, le pouvoir est parfois à la mesure de leur discrétion.

Aussi discrète que puissante: la mère

La plus indépendante est sans doute, la mère de Bachar el-Assad, Anisa Makhlouf, qui n’a pas fait d’apparition publique depuis les années 80. De la veuve d’Hafez el-Assad et mère de ses cinq enfants (deux sont décédés, Bassel l’aîné en 1994 dans un accident de voiture et le benjamin Majed en 2009), on sait peu de choses. Mais son pouvoir n’est pas à sous-estimer. Après son mariage, sa famille, les Makhlouf, a soutenu son époux lors de sa prise de pouvoir, obtenant des positions stratégiques dans le régime. “Son neveu Rami Makhlouf, surnommé “le roi de Syrie”, gère la fortune pour le compte de la famille, rappelle Agnès Levallois, journaliste spécialiste de la Syrie et auteure du livre Moyen-Orient mode d’emploi. Si Anisa n’apparaît pas sur la scène publique, c’est aussi une question de génération. Cela ne correspondait pas au mode de vie du couple”.

La Syrie reste une société matriarcale, où les mères ont une grande autorité. Au sein de cette famille, la mère gère les querelles internes. “La mère d’Hafez el-Assad, Naïssa el-Assad a été représentée comme mère de la nation, dans de nombreuses  photos officielles”, rappelle Sonia Dayan Herzbrun, sociologue et professeure à l’UFR de Sciences sociales de Paris VII,et auteure de Femmes et politique au Moyen-Orient. Elle a même une mosquée qui porte son nom, dans laquelle a été inhumé son fils. “Le statut des femmes dépend de leur milieu social, de leur appartenance religieuse, mais il existe une élite féminine en Syrie, explique Sonia Dayan Herzbrun. On oublie que les femmes syriennes ont obtenu le droit de vote en 1950 et ont été éligibles très rapidement”. Dans le conseil familial, Anisa a un pouvoir de décision. Elle tranche les conflits et s’efforce de garder une cohésion familiale, donc politique. “Les décisions sont prises collégialement dans le premier cercle familial, entre Bachar, son frère Maher, sa soeur Bouchra, son époux Assef el-Chawkat, l’oncle Mohammmed Makhlouf et le cousin Rami Makhlouf, estime  Wael al-Hafez, chef du bureau politique de la coalition nationale pour l’appui de la révolution syrienne. Mais c’est Anisa qui a le dernier mot”. Pour cet opposant au régime en France depuis 25 ans, la présence d’Asma, la première dame serait tolérée dans certains conseils, mais rarement.

Asma: Une image soignée du régime

Asma el-Assad, (la femme) comme son époux, avait suscité beaucoup d’espoir. Sunnite, comme la majorité syrienne, ce mariage avait été vu comme une certaine ouverture, de ce couple qui se disait moderne. (La famille Assad est alaouïte, comme 10% de la population dans le pays). Mais si son rôle n’est pas clairement défini, elle a un pouvoir d’influence sur son époux sur des évènements ponctuels. “Je pensais que pour la révolution, elle prendrait position, explique Leïla Alaouf, étudiante en histoire de l’art, dont les parents sont syriens. Mais elle n’a rien dit. Elle s’est engagée pour les enfants palestiniens mais n’a rien fait contre les massacres d’enfants syriens”. Car jusqu’aux récents évènements, Asma el-Assad, très médiatique, jouissait d’une bonne réputation à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Belle, jeune et glamour, elle n’avait rien à envier à Rania de Jordanie. En dix ans, la Première dame de Syrie de 41 ans, a réussi à s’imposer comme l’image du régime. En mars dernier, Vogue lui a consacré un article très flatteur, qui a fait scandale au moment des insurrections et des premières répressions. (Le journal a depuis retiré l’article de son site). “Surnommée la Rose du désert, elle a été indéniablement un élément de communication du régime”, analyse Agnès Levallois. Sur Facebook, des pages de fans réunissent un peu plus d’une centaine de milliers d’admirateurs.

Pourtant, rien ne prédestinait cette femme d’affaires, fille de diplomates syriens, élevée à Londres, à devenir Première dame de Syrie. Lorsqu’elle rencontre son futur époux dans les années 90, Bachar, ophtalmologiste de formation, elle envisage un MBA à Harvard. D’ailleurs son fiancé, qu’elle épouse à 25 ans et dont elle aura trois enfants, ne doit pas succéder à son père. C’est à son frère aîné Bassel qu’on réserve le pouvoir. Mais la mort de ce dernier dans un accident de voiture en 1994, propulse Bachar et Asma sur le devant de la scène. “Le couple se donne un air de réformateurs. Mais ils ont été nommés par un système dont ils sont à la merci, précise Agnès Levallois. Elle a tenté de mener des projets culturels en Syrie, mais qu’est-ce que cela représente?”. Sur internet circulent des vidéos qui la mettent en cause, notamment pour son silence devant les centaines de morts. Cette femme qui se présente comme “une mère syrienne” avait jusqu’ici oeuvré dans l’humanitaire, ce qui lui assurait un certain capital de sympathie. “Elle est responsable des activités de  charité. Elle intercède auprès de Bachar pour de petites aides ponctuelles, précise Fabrice Balanche, maître de conférences à l’Université Lyon 2 et membre du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient. Son arrivée au pouvoir a eu des conséquences pour elle, sa famille et sa ville d’origine Homs, qui ont vu leurs activités croître depuis son mariage”.

Bouchra, la soeur aînée

Bouchra, la seule soeur de Bachar el-Assad, aujourd’hui 51 ans, était la fille préférée de son père, Hafez. Pharmacienne de formation, elle gérerait toute l’industrie pharmaceutique du pays. Femme de tête, Bouchra s’est toujours battue pour obtenir ce qu’elle voulait. Elle a usé de toute son influence auprès de son père pour qu’il n’emprisonne pas son oncle Rifaat, qui avait fomenté un coup d’Etat contre lui en 1984. Sa grande réussite : parvenir à imposer et épouser l’homme qu’elle aime, Assef el-Chawkat, marié lorsqu’elle le rencontre. Ce dernier est un simple officier, son garde du corps. Pour l’épouser, Bouchra tient tête à son frère aîné Bassel et à son père, qui désapprouvent l’union. Lorsque son frère Maher, réputé pour sa violence, tire sur son époux, en plein palais présidentiel, on la soupçonne d’être à l’origine de la réconciliation de ces derniers. Son influence dans le pays se mesure aussi au poste qu’occupe son époux, tantôt en grâce lorsqu’il est chef des services secrets et tantôt en disgrâce lorsqu’on craint que son pouvoir ne soit trop fort. Chaque fois, elle réussit à le réintroduire dans le cercle familial. Très discrète, Bouchra n’apprécierait pas, selon les rumeurs, l’exposition médiatique de sa belle-soeur Asma. Ses relations avec Bachar seraient aussi compliquées. Elle le trouverait « limité », pas assez fort pour assumer le pouvoir. Comme sa mère, elle reste à l’abri des projecteurs et fait peu d’apparitions publiques.

Charlotte Lazimi

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