Tomboy se joue des stéréotypes

27 Avr
Tomboy

Tomboy crédits: DR

A quoi ça tient d’être une fille quand on a 10 ans, qu’on est en vacances, et qu’on a beaucoup plus envie d’aller faire du foot avec les garçons que de jouer à la poupée dans sa chambre ? Pour l’héroïne de Tomboy, ça tient à une coupe courte et à un petit mensonge, celui de remplacer son prénom féminin par un autre, masculin. Le temps d’un été, Laure devient donc Mickaël et intègre le groupe essentiellement composé de garçons de la résidence où elle vient d’emménager.

Au-delà des questions d’identité sexuelle qu’un tel travestissement soulève, le film est avant tout une interrogation sur les sexes et sur le cloisonnement qui s’instaure dès l’enfance, et surtout pendant l’enfance. Car Si Laure-Mickaël porte des shorts de mec et a le coup de poing facile, n’en est-elle pas moins une fille ? Est-elle condamnée à se faire passer pour un garçon pour pouvoir vivre comme elle le souhaite ? On est tenté de répondre que non, et pourtant on sait tous que si. Qu’une petite fille, ça a les cheveux longs, ça porte des jupes et ça ne passe pas ses après-midi à traîner dehors. A moins de passer pour un « tomboy », un garçon manqué.

Pendant 90 minutes, la vision de cette gamine, dont on ne sait plus toujours très bien si on la sent fille ou garçon, nous confronte à la représentation que nous nous faisons de l’un ou l’autre sexe, et aux codes qui nous permettent de nous y retrouver depuis notre plus tendre enfance. Bien plus que nos représentations intimes, c’est notre environnement social qui nous dicte les cases vers lesquelles aller. Ne pas y entrer, c’est déjà dévier.  Dans Tomboy, le regard du groupe sur Laure-Mickaël est d’ailleurs beaucoup plus stigmatisant que celui de ses proches, qui ne semblent pas s’inquiéter de son androgynie, ni qu’elle « joue au garçon » comme le lui dit sa mère.

On ne sait pas ce qu’il advient de Laure-Mickaël, si cette parenthèse masculine ne restera qu’un jeu d’enfant ou si la protagoniste est à l’aube d’une révélation sur son homosexualité. Quand le film s’achève, le jeu est ouvert et nous rappelle que la remise en question d’un stéréotype sexué ne concerne pas que les lesbiennes en devenir, mais qu’il s’agit bien d’un sujet universel. La fiction de Céline Sciamma nous invite intelligemment à reconsidérer les évidences en matière de sexes. Une maman suédoise avait d’ailleurs poussé ces interrogations très loin puisqu’elle a choisi de cacher le sexe de son enfant pour qu’il/elle puisse développer sa personnalité indépendamment des stéréotypes sexués. Une expérience étrange certes, mais qui a le mérite de nous interroger sur les valeurs que l’on nous inculque enfant, et qui nous poursuivent longtemps dans notre vie d’adulte. A défaut d’y apporter une quelconque réponse définitive aujourd’hui, je n’aurai qu’un conseil : filez voir Tomboy.

Myriam Levain

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