Le syndrome de la princesse

30 Avr
Le mariage du siècle de Kate Middleton et le Prince William

Le mariage du siècle de Kate Middleton et le Prince William (capture)

Trois heures de mariage princier en direct ! Des émissions spéciales et plein de tenues à commenter… moi qui suis particulièrement fan des soirées Nouvelle Star et autres visionnages collectifs de Pretty Woman, j’aurais dû me réjouir de cette occasion unique qui s’offrait à moi de tout commenter en m’empiffrant de bouffe anglaise. Parce qu’en plus, j’avais le privilège de pouvoir faire ça au bureau : pour la presse entière, ce mariage royal était l’équivalent de la réunification allemande ou de l’élection d’Obama, un truc qui n’arrive qu’une fois dans le siècle et qu’on se doit, professionnellement, de suivre en direct. Et pourtant, impossible de me passionner pour la robe de Kate, pour la liste des invités, ni pour le voyage de noces des tourtereaux. Probablement parce que toutes ces heures de direct, je les connaissais déjà par cœur grâce à Sissi, Cendrillon et compagnie. Et peut-être parce que justement cette fascination pour les princesses, à laquelle je n’ai pas échappé quand j’étais gamine, a tendance aujourd’hui à profondément m’agacer.

Kate Middleton, roturière de naissance, est peut-être la future Reine d’Angleterre et le symbole d’une ascension sociale qui fait rêver tous les démunis de la terre. Le couple si simple et si moderne qu’elle forme avec William est tellement sympa que même les gauchistes féministes les plus convaincues se passionnent pour cette noce. Mais concrètement, après sa mégateuf de mariage en Alexander McQueen et sa lune de miel glamour (là encore, tous les spécialistes people sont sur les dents pour savoir si finalement ce sera la Jordanie, la Nouvelle Zélande ou les îles Silly), ce qui attend Princess Kate n’est pas super funky. Le couple princier prévoit en effet de s’installer trois ans à Anglesey, le bled du Pays de Galles où Will bosse comme pilote pour la Royal Air Force. Ce n’est pas là-bas que Kate va décrocher un job de galeriste, ce à quoi elle pourrait prétendre avec son diplôme d’Histoire de l’art. Mais être princesse est déjà un boulot à plein temps. Et gageons qu’en trois ans, les jeunes mariés auront le temps de « mettre le premier en route », selon l’expression consacrée.

Alors pourquoi tant de spectateurs, tant de tweets, tant d’articles ? Même l’AFP a rédigé un URGENT (la priorité la plus haute des dépêches, le genre qui annonce qu’un avion a percuté le World Trade Center) sur la robe de la mariée. Et si derrière cet engouement se cachaient – à peine –  tous nos fantasmes de petites filles ? Ceux que Peggy Orenstein a décortiqués dans son dernier livre Cendrillon a mangé ma fille, paru cet hiver. Cette chroniqueuse féministe américaine reconnaît s’être trouvée démunie face à sa fille de sept ans lui réclamant inlassablement un déguisement de princesse. Elle a alors enquêté sur le marché des jouets pour comprendre comment ce secteur influençait massivement les mentalités des fillettes, et si oui ou non cette influence était néfaste.

Rien de nouveau sous le soleil : jouer à la princesse, tout comme jouer à la poupée ou à la femme de ménage avec un aspirateur rose, n’encourage personne à développer des rêves d’entreprenariat ou de recherche. La réussite viendra avec la beauté et bien sûr avec le prince charmant, qui hier, s’était matérialisé sous les traits de Prince William… de quoi faire fondre le cœur de toutes celles qui ont été biberonnées à Walt Disney. Soit dit en passant, et même si j’étais amoureuse de lui à l’âge de douze ans, il faut reconnaître qu’on a vu plus charmant comme prince que William, qui pourra bientôt faire une pub pour les implants capillaires.

Mais apparemment nous n’étions qu’une poignée  sur cette terre à ne pas être restés scotchés devant l’écran, à ne pas avoir versé notre petite larme au moment où ils se sont dit oui, ni tweeté sur le baiser à 14h27.  Au total, deux milliards de téléspectateurs ont suivi en direct « le mariage du siècle ». Un spécialiste de la lecture sur les lèvres était mobilisé pour nous décrypter la blague de Will « Et dire que ça devait être un mariage en famille !» (bon, perso, je trouve ça plutôt drôle). Toutes les rédactions étaient sur le pont et promettent de l’être encore un moment pour les moult débriefings de la soirée / du brunch / des premiers jours de la Princesse à venir. Le reste de l’actu attendra un peu : la répression syrienne et les attentats au Maroc ne font pas le poids face à l’inconscient collectif.

Myriam Levain

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4 Réponses to “Le syndrome de la princesse”

  1. Isajul avril 30, 2011 à 4:13 #

    Bonjour, sympa l’article par contre je voudrais rétablir une petite vérité : l' »urgent » n’est pas le 1er degré de priorité de l’AFP, mais seulement le 3ème. Un avion dans un world trade center, ça vaut un « flash »… le genre de trucs qu’on ne reçoit pas tous les quatre matins et, je te rassure, pas pour une robe de mariée.

    • Les Martiennes mai 1, 2011 à 2:29 #

      Oups, je me suis emmêlé les pinceaux! Merci pour cette précision, qui n’enlève rien à l’hystérie collective, mais qui remet quand même un peu les choses à leur place

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