Le poil peut-il redevenir hype ?

11 Mai
les barbies, sans poil

crédits: littlepomegranate Flikr: cc

Un petit vent de rébellion semble souffler du côté de nos poils, et plus particulièrement de nos poils pubiens. Après des années d’hégémonie du ticket de métro, il y a des signes qui ne trompent pas. Comme le retrait, la semaine dernière, du spot Veet vantant dans un dessin animé les mérites « d’un minou tout doux ». Le fameux minou (en l’occurrence un petit chat) se faisait inspecter par un matou qui n’était satisfait qu’une fois qu’il ne restait plus un poil. Subtile allégorie des deux sexes, dans un rapport assez clair de soumission. Face aux réactions affligées des internautes, la marque de cosmétiques spécialisée dans l’épilation a fait marche arrière  et renoncé à sa campagne virale, manifestement destinée aux ados.

Mais cet indice n’est pas le premier : à l’automne dernier, le livre de Stéphane Rose intitulé Défense du poil avait fait sensation. Non seulement il dénonçait le diktat du « zéro poils » chez les femmes, mais en plus il était écrit par un homme, faisant voler en éclats l’idée que le plaisir masculin augmentait à mesure que la toison pubienne disparaissait. Depuis, on ne cesse de lire que le poil fait son grand retour, que la barbe est le nouveau noir, que les torses imberbes, c’est so 2000. D’ailleurs tout hipster homme qui se respecte est un minimum hirsute.

Du côté des femmes, bizarrement, on doute que la tendance « aisselle allemande » devienne un jour hype en France. Loin de nous l’idée de prôner le come-back du look Woodstock-je reviens de Katmandou. La jambe douce et le maillot soigné procurent de grandes satisfactions aux femmes autant qu’aux hommes. Mais si l’agression visuelle (et épidermique) du sexe féminin façon pornstar pouvait perdre du terrain, je ne m’en plaindrais pas. Je n’ai jamais compris cet engouement pour un geste contre-nature et douloureux, déconseillé par tous les gynécologues, et esthétiquement indissociable des films X. Qu’un jeune homme en pleine découverte de sa sexualité fantasme sur des scènes de cul passe encore. Qu’il demande à sa petite amie d’essayer, pour voir, pourquoi pas ? On ne dissertera pas sur l’effet visuel qui en a dérangé plus d’une à la (re)découverte du sexe de leur enfance. Ni sur la flopée de mycoses qu’elles se sont chopé après coup. Ce n’est pas vendeur.

En revanche, devenir une parfaite foufounista est devenue une injonction parmi tant d’autres : ne pas avoir de cellulite, ne pas transpirer, et surtout être toujours prête à l’emploi. Même ELLE a consacré un dossier à cette question intime, entérinant le consensus tacite selon lequel une fille qui prend soin d’elle n’a « rien qui dépasse ». L’article, paru l’année dernière a fait grand bruit, mais quelques voix timides se sont alors élevées pour la première fois sur le sujet.

L’argument choc des foufounistas ? C’est plus hygiénique. C’est sûr que pour les nageuses professionnelles ou les cariocas qui passent leur vie en minibikini, ça doit simplifier le quotidien. Pour les autres, on voit moins.  « Ca décuple le plaisir sexuel », est l’autre atout régulièrement mis en avant. Au point de passer sur la table de l’esthéticienne toutes les trois semaines ? Quant aux mecs, sont-ils à ce point dégoûtés par le corps de la femme pour que leur désir meure à la vue de poils ? La fille-toute-lisse-et-qui-sent-bon réduit considérablement ses chances de prendre la moindre initiative à l’instant t, surtout si elle est tétanisée à l’idée d’entendre une réflexion du style « tu fais la grève du rasoir ou quoi ? » Sans parler de celles qui ne passent pas à la casserole si elles ne sont pas certifiées sans poils. Quand on sait qu’une repousse prend environ trois semaines, ça réduit pas mal les possibilités de s’envoyer en l’air. A force de courir après une image de la femme irréelle et totalement aseptisée, ne sommes-nous pas en train de devenir inodores, incolores et sans saveur ? Pour être féminine aujourd’hui, il faut paradoxalement gommer toutes les caractéristiques physiques spécifiques à la femme. Après les hanches et les fesses, les poils pubiens. Mais lorsque « la totale » devient la norme, et que celles qui s’y refusent sont considérées comme des féministes intégristes inbaisables, ça ne peut pas être une révolution pour les femmes. Dès lors qu’il n’y a plus de choix, il n’y a plus de liberté.

Je sais, ça fait beaucoup de questions existentielles pour un malheureux spot Veet, mais je suis très sceptique quant à la dimension libératrice de l’épilation intégrale. Rien que de savoir qu’elle est la norme dans la plupart des pays où la femme n’est pas émancipée me laisse penser qu’elle est l’émanation d’un fantasme masculin que les femmes se sont approprié. A une époque où tout le monde doit être surperformant sexuellement, ressembler à l’héroïne de Ma trique rechargée doit avoir un côté rassurant pour celles qui doutent de leur potentiel.

Mais le propre d’un rapport sexuel n’est-il pas de se lâcher totalement et de ne penser à rien d’autre qu’à ces quelques instants où nous redevenons « animales » ? Qui dit animal, dit sueur, odeurs… et quelques malheureux poils. Et accessoirement, l’incarnation d’une certaine féminité plus active et plus riche qu’un corps tout droit sorti de photoshop.

Myriam Levain

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6 Réponses to “Le poil peut-il redevenir hype ?”

  1. mermillone* mai 11, 2011 à 4:31 #

    Quand on pense au temps qu’on y passe, à l’argent qu’on dépense et à la douleur qu’elle impose, l’épilation (intégrale a fortiori) est, tout à fait d’accord, un très bon exemple de servitude volontaire de la femme moderne. Fondé en plus sur des idées reçues : en vérité, s’épiler assèche terriblement la peau, augmente la transpiration, les irritations etc.. Bref, vive le poil, les odeurs et la femme libre !

  2. Elenore Song mai 11, 2011 à 6:46 #

    Très intéressant article ! Je ne peux que souscrire à ce point de vue. J’en profite pour rappeler que le webzine Fauteuses de trouble a consacré tout un dossier à ce sujet il y a quelques mois : http://www.fauteusesdetrouble.fr/2011/02/la-question-4-poils/

    avec notamment une interview de Stéphane Rose, ici : http://www.fauteusesdetrouble.fr/2011/02/entretien-avec-stephane-rose-auteur-de-defense-du-poil-contre-la-dictature-de-l%E2%80%99epilation-intime/

  3. Margo mai 11, 2011 à 6:47 #

    merci pour ce post!
    je refuse l’épilation intégrale car pour moi une femme a des poils (bon je m’épile les jambes et les aisselles, le côté hippie allemande avec toison sous les bras, non merci): sinon, c’est une enfant. Et je m’envoie en l’air autant que certaines qui s’épilent intégralement.

    Une fois, je suis tombée sur un homme qui m’a dit: « j’espère que tu n’es pas épilée, j’aime quand c’est foisonnant ». Comme quoi, tout n’est pas perdu

  4. Léa mai 12, 2011 à 11:11 #

    Très sympa et pas inutile de rappeler que cette pratique ramène au corps enfantin. par contre, un poil en retard si j’ose dire…Les fauteuses avaient déjà abordé ce sujet de manière très complète il y a deux mois !

    • Les Martiennes mai 12, 2011 à 12:15 #

      Bien sûr, le sujet est dans l’air du temps depuis quelques années! Nous avons d’ailleurs retweeté le lien vers le dossier des Fauteuses… Mais Les martiennes n’existent que depuis deux semaines, et nous avons voulu rebondir sur la campagne Veet, qui apporte de l’eau au moulin des défenseurs du poil.

  5. Mike mars 21, 2012 à 5:07 #

    Je suis un homme et je n’aime pas du tout les filles qui se rasent (enfin, juste le principe… pas les filles), et je peux vous dire que beaucoup d’hommes pensent comme moi. seulement ils ne veulent pas l’admettre, de peur d’etre consideres comme « fetichistes ».

    Donc il est assez clair que le probleme ne vient pas tant de la pression des hommes, mais plutot de la presssion des femmes. Je pense que vous ne comprenez pas et n’etes pas vraiment interessees par ce que pensent vraiment les hommes, vous en avez juste une vague idee stereotypee. La pression de l’epilation est relayee par les medias et le magazines feminins (tres souvent controles par des femmes d’ailleurs), par les copines, le meres, etc… Mais certainement pas par les hommes.

    Il n’y a aucun plaisir a voir un corps imberbe, a moins d’etre pedophile. Et le fait que quelques jeunes hommes (je parle de gens nees apres 1990) soient conditionnes pour aimer cela me fait tres peur.

    Enfin, il semblerait que l’action du rasage des aisselles, associee aux produits contenus dans les deodorants, soit un facteur contribuant au cancer du sein.

    A bon entendeur

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