Tendance « no sex »

2 Nov
abstinents ou no sex?

crédits: unebicycletteorange Flickr:cc

Depuis que Sophie Fontanel a raconté dans L’envie ses années d’abstinence, c’est le sujet « in » de la rentrée : comment vivent ceux qui ne font pas l’amour, ces extra-terrestres qui ont pourtant l’air d’être nombreux au vu de toutes les réactions sur le sujet.

Apparemment le thème est porteur. Le magazine ELLE y consacre deux papiers en deux mois. Pareil pour Le Nouvel Observateur, qui s’est penché sur la question à travers son enquête Asexuels, la traversée du désir. Et la chaîne de télé Teva s’apprête aussi à y consacrer une soirée entière samedi 5 novembre, intitulée « No sex », au cours de laquelle seront diffusés trois reportages, et où Sophie Fontanel est justement invitée.

Voilà qui est plutôt rafraîchissant. En matière de cul, cela faisait bien longtemps qu’on n’avait rien lu d’autre que des dossiers « spécial fantasmes »  nous informant sur les pratiques dominantes en la matière, qui ne faisaient pas trop de cas de toute cette frange de la population qui fait peu ou pas du tout l’amour. Cette même frange de la population est d’ailleurs absente desdites enquêtes puisque les sondés sont nécessairement en couple. [C’est sûrement plus pratique pour faire une enquête mais c’est un peu restrictif comme vision de la vie sexuelle, je dis ça je dis rien]

La presse découvre donc en ce moment le monde parallèle des « No Sex ». Timidement, les interviewés avouent qu’ils ne se reconnaissent pas dans le diktat de la performance qui rythme aujourd’hui nos vies, et qu’ils ne savent pas très bien comment gérer la surenchère d’exploits sexuels à déballer devant leurs amis. La pression concerne aussi bien les hommes que les femmes, même si ces dernières ont tendance à se coller deux fois plus de stress dans ce domaine, en voulant être à la fois indépendantes/ objets sexuels/désirables en toute circonstance/ toujours opérationnelles… mais ça c’est un autre sujet.

En fait, le phénomène suscité par le livre de Sophie Fontanel n’est que le révélateur d’un état de fait beaucoup plus ancien, que seules les blogueuses les plus averties se sont risqué à aborder. Et le scoop que le grand public entraperçoit aujourd’hui n’est peut-être pas si neuf: il y a des gens qui préfèrent bouffer du chocolat que de faire l’amour tous les jours. Qu’ils soient célibataires ou pas, en couple depuis un mois ou quinze ans. Et ce ne serait pas mal si on arrêtait de leur envoyer le message subliminal qu’ils ne sont pas normaux.

Dans cette vague d’articles déculpabilisants, subsiste tout de même une faille, et de taille : celle de la confusion entre abstinents et asexuels, que par commodité, on a classés tous ensemble dans la même grande famille des pauvres-gens-qui-ne-font-pas-l’amour. Or, si l’abstinence est un choix, souvent dicté par les circonstances, l’asexualité ne l’est pas. C’est ce que démontrent les travaux de Peggy Sastre, qui a publié No Sex, avoir envie de ne pas faire l’amour. Elle y explique que l’asexualité est une orientation sexuelle, au même titre que l’hétérosexualité ou l’homosexualité, et qu’il y a un certain nombre de personnes sur cette terre qui n’ont tout simplement pas de libido. Or qui dit pas de libido, dit pas de frustration. Les asexuels ne ressentent aucun manque, contrairement à ce que le regard compassionnel du reste de la société pourrait laisser penser. Les abstinents, eux, ont plutôt renoncé temporairement à leur vie sexuelle. Pour des raisons aussi intimes que sociales, ils traversent des périodes plus ou moins longues sans ébats. C’est précisément cette catégorie de personnes qui s’est reconnue dans le livre de Sophie Fontanel et l’a remerciée d’avoir sorti du placard un tabou inavouable.

Depuis plusieurs semaines les « no sex » (quels qu’ils soient) sont donc devenus les stars des dossiers « sexe ». Mais pour combien de temps ? Les problèmes de fond tels que la dictature de l’orgasme ou la fausse libération sexuelle des jeunes générations ne sont que survolés dans ces articles. La question des relations entre les sexes ou celle des préjugés encore tenaces sur telle ou telle pratique sexuelle sont absentes. Cette tendance « no sex » ressemble furieusement à une mode médiatique, comme le furent la Tecktonik ou le speed dating en leur temps. Même si une telle parenthèse ne fait de mal à personne, il y a de bonnes chances pour qu’en 2012 on soit déjà repassé au « spécial fantasmes ».

Myriam Levain

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5 Réponses to “Tendance « no sex »”

  1. bengraphik novembre 2, 2011 à 3:21 #

    Heu, nous à la maison, on a des relations sexuelles, mais dans l’ensemble, elles viennent pas souvent… Paraphrase de Colluche…

  2. xenomorf novembre 16, 2011 à 3:38 #

    Ce n’est pas une mauvaise chose du tout de sortir un peu de la sexualisation à outrance et de la pression sociale du « jouir-à-tout-prix ». Il y a juste une chose qui me gène dans la « reconnaissance » de ces orientations sexuelles c’est que l’absence de libido peut être liée à un déséquilibre hormonal physiologique ou lié à la prise de pilule, ou à un mal-être ou un traumatisme, etc. ce que les asexuels n’admettent JAMAIS.
    Dans la mesure où il est prouvé que faire l’amour fait du bien, j’ai du mal à admettre la parfaite normalité d’une vie asexuelle. Bref, pour moi, tout cela ressemble fortement à une mode, effectivement, qui est aussi insupportable (le pendant contraire exact) du jouir-à-tout-prix. Encore un avatar de nos travers actuels, il faut que chacun se trouve sa petite case, son petit groupe social, dans laquelle se sentir bien ou se sentir reconnu, exister.

    • duchemin novembre 18, 2011 à 4:29 #

      c’ est incroyable de lire ce genre de propos tant dans l’ article ci dessus que dans le commentaire de xenomorf, les asexuels ne demandent rien à personne pas plus la médiatisation que des soins particuliers, ils n’ ont pas de désir et c’ est tout, et oui ils ont besoin de se regrouper, pour enfin se sentir normal, et non il ne s’ agit pas d’ un phénomène de mode, quelqu’ un en a parlé, et tout le monde a montré du doigt c’ est tout, c’ est ridicule de lire ça, vous associez tout ce qui vous parait nouveau à la mode! l’ asexualité n’ est pas nouvelle, elle est passée sous silence et jugée anormale, j’ en ai aussi fais les frais en passant chez le psy qui lui n’ a rien trouvé d’ anormal à partir du moment ou je suis épanouie, puis chez le sexologue avant de découvrir que ce que je suis a un nom, les asexuels aiment les calins, les tendresses mais pas les pénétrations. C’ est quoi pour vous la normalité d’ une vie sexuelle? qui a écrit un mode d’ emploi? qui a décrété l’ idéal sexuel? chacun son bonheur non? Oui il faut que chacun trouve son groupe, car celui qui ne le trouve pas est jugé, celui qui reste là seul devant les autres groupes est sujet aux moqueries, la proie facile des psy en tout genre. Ouvrez votre esprit arrêtez de réfléchir à travers les modes et les critiques vivez votre vie et laissez les autres vivre la leur.

      • xenomorf novembre 21, 2011 à 4:20 #

        Hé ho du calme, j’ai fait un commentaire plein de nuances, exprimant des doutes et marquant clairement que c’est mon avis à moi, pas des affirmations. Votre agressivité me laisse penser que vous n’assumez peut être pas autant que vous le dites… car vous me faites dire des choses que je ne dis pas.

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    […] “no sex” rencontre aujourd’hui sinon un succès du moins un écho dans notre société plutôt […]

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