Tristane Banon est-elle féministe?

2 Déc
Tristane Banon est-elle féministe

Crédits Alain Bachellier

Tristane Banon est-elle féministe? En voilà une bonne question. Depuis qu’elle est entrée sur la scène médiatique, elle a fait des violences faites aux femmes son nouveau combat. Il faut reconnaître qu’il fut difficile, dans un premier temps, d’envisager la jeune femme dans la peau d’une militante. L’ex-habituée de chez Castel, plus connue pour ses liaisons sulfureuses que pour ses prises de position radicales a encore bien du mal à se défaire de sa réputation d’intrigante germanopratine. Même maintenant que le Parquet de Paris a reconnu que DSK l’avait agressée sexuellement.

Pourtant, elle affirme que cette épreuve lui a fait prendre conscience du chemin qui restait à parcourir pour les victimes de violences sexuelles, statut qu’elle revendique désormais sans honte. Elle le dit et le répète : elle se battra sans relâche contre les violences faites aux femmes. Elle soutient d’ailleurs le projet de loi prévoyant de porter à dix ans le délai de prescription d’une agression sexuelle (aujourd’hui de trois ans, ce qui a conduit le Parquet à classer sa plainte contre DSK, le délai étant dépassé depuis longtemps). On l’a remarquée le 24 septembre place du Châtelet à l’occasion d’un rassemblement féministe controversé ; en effet, une partie des associations n’a pas voulu s’associer à son initiative. Mais Olivia Cattan, la présidente de Paroles de femmes était à ses côtés. La romancière s’est également rapprochée de  Clémentine Autain, une militante de longue date devenue incontournable sur la question du viol : les deux femmes ont donné une interview croisée à Libération avant de défiler côte à côte le 5 novembre, à l’occasion d’un rassemblement féministe. Et Tristane Banon n’a pas manqué d’évoquer le livre de cette dernière lorsqu’elle est allée défendre le sien dans une librairie féministe le 26 novembre dernier, au lendemain de la journée internationale contre les violences faites aux femmes.

Il est vrai que le récit de Tristane Banon présente de nombreuses similitudes avec les 75000 cas annuels de viol. Elle a mis huit ans à porter plainte ? Un classique, surtout quand l’agresseur est un homme de pouvoir ou une connaissance de la victime. DSK était les deux. Elle a évoqué cet épisode en riant dans l’émission de Thierry Ardisson ? Là encore, le tabou qui règne autour du viol pourrait expliquer cette attitude détachée d’une femme qui ne sait pas bien comment en parler. Qu’on la croie ou non dans le récit de son agression sexuelle par DSK, son comportement n’a rien de particulièrement étonnant aux yeux des spécialistes. Et sa version des faits n’a pratiquement pas changé depuis ce fameux jour de 2003.

Pourtant, l’engagement récent de Tristane Banon ne sonne toujours pas parfaitement juste. Elle a beau répéter qu’elle n’a rien à gagner de sa surexposition médiatique, difficile de ne pas y voir un besoin de crier au monde qu’elle existe. Pour des raisons sans doute plus psychanalytiques que mercantiles : quand on connaît son enfance solitaire et la violence des relations avec sa mère , on imagine aisément qu’il y a des ressorts qui nous échappent dans l’histoire de Tristane Banon.

Et dans cette optique, elle a parfaitement réussi son combat. Malgré la souffrance que l’on devine chez la frêle jeune femme, elle est aujourd’hui dans la lumière. Même si cela n’était pas son objectif premier, c’est un fait. Et ces dernières semaines, on l’a davantage vue dans les médias et les séances de dédicace que dans les groupes de parole contre le viol. Ses défenseurs argumenteront que c’était pour la bonne cause, pour que la voix des femmes violentées soit enfin entendue. Ses détracteurs y verront une pure opération de promotion de son dernier livre Le Bal des Hypocrites, paru le 13 octobre, qui retrace les semaines qui ont suivi l’arrestation de DSK au Sofitel de New York. La vérité est sûrement quelque part entre les deux. Pour ce dernier ouvrage, Tristane Banon a renoncé à l’avance de l’éditeur, qu’elle a promis de reverser à des associations féministes. Mais elle touchera vraisemblablement ses droits d’auteur. Et comment la blâmer puisqu’écrire est son métier ?

La voici prise au piège d’une exposition qu’on a du mal à croire purement militante. Elle qui craignait d’être blacklistée de toutes les rédactions de Paris et de ne plus jamais pouvoir exercer sa profession de journaliste, elle vient d’être recrutée comme chroniqueuse pour une émission de Paris Première, aux côtés d’Eric Naulleau. Encore une fois, tant mieux pour elle, il faut bien gagner sa croûte. Mais pour son grand retour sur les plateaux, elle ne s’attaquera pas au vaste sujet de la condition féminine. Non, elle traitera de l’actualité culturelle. Un retour aux sources germanopratines?

Myriam Levain

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6 Réponses to “Tristane Banon est-elle féministe?”

  1. antisexisme décembre 2, 2011 à 3:57 #

    Pour moi, Tristane Banon n’est clairement pas féministe… Elle a écrit un article complètement réac sur Atlantico : http://www.atlantico.fr/atlantico-light/tristane-banon-hommes-49995.html
    Vous comprenez, les hommes ne sont plus virils parce qu’ils s’occupent de leurs gosses et font le ménage –‘. C’est grave d’écrire ça !

    Avec l’affaire DSK, ce sont principalement les féministes qui l’ont soutenues. Mais elle continue de dire « Ce mot [féministe] continue à me faire peur même si je me sens proche d’une certaine forme de féminisme. »

    Elle continue avec
    « Ce qui m’effraie, c’est le côté extrémiste du mot, le côté radical avec l’idée que tous les hommes sont mauvais. J’aime les avis tempérés, modérés. Mais je constate qu’on peut difficilement s’exonérer d’une certaine forme de féminisme aujourd’hui si on veut que les choses changent. Avant, je croyais naïvement que l’égalité hommes-femmes était acquise. Je me suis rendue compte que ce n’était pas le cas. Si certaines femmes réagissent de manière très violente face à moi, en général, elles sont plutôt dans le registre de l’empathie, elles se mettent à ma place. Mais les hommes, eux, sont dans l’ordre de la suspicion, une sorte de solidarité masculine »
    (c’est ici : http://www.elle.fr/Societe/Les-enquetes/Tristane-Banon-Me-battre-c-est-le-seul-moyen-que-j-ai-pour-me-reconstruire-1789242)

    Je pense que malheureusement elle a beaucoup, beaucoup de clichés en tête sur le féminisme. Dommage pour elle.

    Cela dit, féministe ou pas, si elle a été effectivement victime d’une tentative de viol, elle mérite justice.

    • Ellya décembre 3, 2011 à 1:12 #

      ce ne serait pas mal d’éviter les procès d’intentions, ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas de sujet(te) pure, d’un seul tenant, monolingue, etc.
      Tristane Banon a été archicritiquée, elle a besoin d’être soutenue, et si les féministes « patentées » ? « autorisées » ? (par qui, au fait, qui décerne un diplôme de féminisme avéré ?…) ne sont pas capables de la soutenir, vraiment, et pas seulement du bout des lèvres, les loups antiféministes at amateurs de femmes fragilisées par les violences que leurs prédécesseurs leur auront fait subir (et le système patriarcal dans son ensemble) se pourlèchent déjà les babines… cf le commentaire du masculiniste de service Notwiadomy publié ici.
      Sororité, c’est un beau mot, puisse-t-il redevenir performatif ! Sororisons, c’est urgent !

    • Plevre février 7, 2012 à 6:47 #

      Elle est la victime d’un système qu’elle défend… Et elle est très intéressante en celà car elle est représentative d’une tendance lourde dans la société.

      PS: en tant qu’homme je me sens très agressé par son article

  2. ¤ (@Notwiadomy) décembre 2, 2011 à 7:48 #

    « Tristane Banon est-elle féministe ? » Fasse Dieu que non ! Son texte d’Atlantico est très bien, mais ancien, et je suis inquiet sur ses dernières fréquentations… là-bas… à la librairie… une librairie où moi, je ne mettrai jamais les pieds de l’Homme… On sait comment elles procèdent… pour recruter… une âme en peine… l’occasion ou jamais… une proie ! Moi, les femmes, je les aime féminines. Rien à voir, en effet.

    Allez… je vous laisse à vos beautés spéciales. Vous ne présentez aucun intérêt.

  3. Luce1018 février 20, 2012 à 3:38 #

    Féministe au coeur, j’ai d’autant plus de mal à comprendre que ces mouvances se soient compromises avec quelque-une de si peu fiable. Elle en a bien profité pour sa promo (car c’est quand même la boufonne de service, et ses problèmes psy, il faut qu’elles les résolve avec un(e) bon(ne) professionnel(le), et les féministes se sont bien ridiculisées. J’espère néanmoins que les femmes ne reviendront pas en arrière pour un tel incident de parcours, au détriment de « vraies » victimes à qui il ne restera que les yeux pour pleurer (de nombreux cas horribles ont eu lieu durant cette période, qu’aucune des partisanes de la cause des femmes n’a relevé, obnubilées qu’elles étaient par cette gourgandine et autres femmes de ménage… Dommage!

    • ellya février 24, 2012 à 3:07 #

      voilà un commentaire qui donne franchement la nausée. Faire un procès d’intention et d’action aux victimes médiatisées, c’est juste relayer le premier masculiniste de service sur les sites des quotidiens.
      Si vous militiez, vous sauriez que les autres victimes soucient tout autant les féministes. Toutes autant.

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