Le deuxième effet Mad Men

26 Mar

Le deuxième effet Mad Men

Crédits AMC

Ça y est, Mad Men est de retour sur les écrans américains ! C’est reparti pour une cinquième saison de whiskys, de brushings… et de féminisme. Car sous ses allures de chronique rétro, la série cache (à peine) une vision progressiste de la condition des femmes dans les années 60. Malgré l’univers masculin et misogyne de l’agence Sterling and Cooper, les trois personnages féminins Betty Draper, Joan Harris et Peggy Olson sont loin d’être des potiches et incarnent, chacune à sa manière, les interrogations et frustrations féminines de l’époque, ainsi que le chemin vers l’émancipation.

Comme le rappelle Mona Chollet dans son  livre Beauté Fatale (à lire absolument, et pas seulement pour son excellent décryptage de la série qui figure dans les toutes premières pages), sept des neuf scénaristes de Mad Men sont des femmes. Et leur sensibilité est palpable dans de nombreux rebondissements qui n’auraient probablement pas existé s’ils avaient été écrits par des hommes.

Mona Chollet s’interroge à juste titre sur la fascination pour les années 50 qu’a engendrée la série lors de sa sortie : toute la planète mode a encensé le retour des « vraies femmes », de leurs mains manucurées et de leurs talons hauts. Et le phénomène ne s’est pas cantonné à nos vêtements. Depuis, la question lancinante de la virilité  et des  bonnes vieilles identités sexuées se repose avec force. La nostalgie de l’époque Mad Men est dans l’air du temps, mais ne passe-t-elle pas complètement à côté du message de la série ? La déferlante de guêpières, robes entravées et lipstick rouge qui fait l’identité visuelle de Mad Men n’incarne-t-elle pas davantage une ère heureusement révolue pour les femmes plutôt qu’une aspiration à revenir aux fondamentaux traditionnels? Ne nous rappelle-t-elle pas qu’il n’y a pas si longtemps, les femmes n’avaient pas d’autres perspectives que celles de faire un bon mariage et d’élever leurs enfants pendant que leurs époux faisaient vivre le foyer (et batifolaient avec leurs maîtresses )? Les rares exceptions telles que Peggy ou Joan étaient considérées comme des extra-terrestres et/ou des putes. Voilà pour la première lecture, relativement limpide de la série: nous, téléspectatrices de 2012, avons de la chance d’être nées avec l’accès à l’avortement, le droit de travailler et de divorcer.

Mais là où le show devient réellement intéressant, c’est qu’en mettant en scène la routine de nos aïeules, il nous force à nous interroger sur nos propres batailles. Quand nous voyons Betty rester stoïquement auprès de son mari malgré ses multiples infidélités, il est facile de nous dire que nous, nous pourrions partir grâce à notre indépendance financière. Quand nous voyons Peggy seule en réunion au milieu de tous ses collaborateurs mâles, nous nous félicitons de la féminisation de la vie professionnelle. Mais que dire quand nous voyons qu’elle est systématiquement cantonnée aux campagnes pour femmes ? Que penser de Joan qui n’arrive pas à dire non à son propre mari et subit un viol conjugal? Comment réagir quand Don s’amourache d’une workhaolic célibataire à grosses responsabilités professionnelles mais qu’il préfère épouser sa secrétaire ? Ces questionnements-là ne sont-ils pas toujours éminemment actuels ?

Difficile de ne pas voir dans le scénario de Mad Men un regard engagé sur la condition des femmes d’hier et d’aujourd’hui. La série pourrait d’ailleurs faire l’objet d’un cours au Canada tant il inspire les intellectuels féministes. Enfin, dernier indice prouvant que les références classiques sont là où on ne les attend pas : on murmure que le prénom de l’héroïne Betty Draper serait un hommage direct à la grande prêtresse des gender studies Betty Friedan, et à son célèbre ouvrage La femme mystifiée… écrit pile-poil à l’époque de Mad Men. Vivement la saison 6!

Myriam Levain

Une Réponse to “Le deuxième effet Mad Men”

  1. Anne Coleman mars 26, 2012 à 7:59 #

    Bonjour chères Martiennes!
    C’est la deuxième fois ce mois-ci que j’entends parler de Mad Men… et en bien! Il y a un excellent article dans le Causette du mois de mars. Et de lire votre post m’a donné envie de m’y mettre!
    Merci, je ferais passer le mot!
    http://unbrindesagesse.wordpress.com/

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