Zone interdite: flagrant délit de sexisme

18 Déc
Zone interdite, capture d'écran

Zone interdite, capture d’écran

Et si Zone Interdite était sexiste ? La question agacera peut-être ceux qui pensent qu’on voit du sexisme partout. Pourtant, elle est légitime lorsqu’on examine le contenu des deux dernières émissions… Non seulement les femmes sont caricaturées, mais les questions et remarques des journalistes sont d’un autre âge, Wendy Bouchard compris. Récit.

Tout a commencé la semaine dernière, lors de la diffusion d’un sujet sur les déserts médicaux. Jusque là, rien d’anormal. Sauf que les seuls portraits des médecins généralistes sont à 75% des… hommes. C’est un peu réducteur, lorsque l’on sait que les femmes représentent, selon les chiffres de l’INSEE de 2011, 40,9% des généralistes et 41,2% des praticiens toutes spécialités confondues. Puis, on suit entre autres un médecin de ville, en costard, qui pratique  trois fois plus d’actes de médecine en un jour qu’il n’y a d’heures dans une journée. Et on le laisse parler. Ce dernier égrène les clichés sur une banlieue « difficile » et dans laquelle il serait « chaud » de pratiquer, Romainville pour ne pas la nommer. Malheureusement, la journaliste ne rattrape pas le niveau. Au contraire. Car elle aussi multiplie les poncifs, sexistes cette fois. Elle demande par exemple à la femme du médecin en cravate pourquoi cette dernière travaille puisque son mari est si occupé. Ça nous fait tiquer parce qu’elle sous-entend que les femmes n’ont pas besoin de travailler si leur mari  gagne de l’argent. Notre super journaliste n’est même pas étonnée par la réponse de l’épouse qui explique avoir autant de responsabilités professionnelles que  monsieur… Faut-il en déduire que dans Zone Interdite la place des femmes est au foyer ?  Notons que la seule médecin présentée s’est installée dans un petit village en mal de docteur et a ensuite abandonné ses habitants après avoir profité des aides financières…

Mais dimanche dernier, l’émission a battu tous les records en se consacrant intégralement aux femmes vénales. Le titre: A la recherche du bon parti.  On part aux quatre coins du monde pour découvrir ces dames qui recherchent des hommes riches, à épouser ou dont elles pourraient profiter. Le reportage ne décrit que des personnes intéressées par l’argent… Ces messieurs ne sont pas mieux. Ces sugar daddies, nous dit-on, seraient prêts à acheter de belles épouses qui se plieraient à leur moindre désir. Surtout, la cerise sur le gâteau est concentrée dans les interviews de Wendy Bouchard. Dans une soirée mondaine, la journaliste/présentatrice veut rencontrer ces fameux « bons partis ». Pour lancer l’émission, elle annonce la couleur: « Et ce sont souvent les femmes qui sont les plus vénales. Et oui mesdames. »  Wendy Bouchard n’en reste pas là et interviewe naïvement un jeune couple: « Est-ce que votre chéri est un bon parti ? ». « Moins que moi », répond la demoiselle avec humour, qui rappelle que les femmes également peuvent avoir de l’argent. Un spécialiste, Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie est là pour nuancer. A la question sexiste de Wendy Bouchard, « Y-a-t-il quelque chose de typiquement féminin dans la recherche du bon parti? », il répond: « Certainement pas. Vous savez, il faut se méfier d’une psychologie qui varierait en fonction des hormones et qui serait différente chez les hommes et chez les femmes. »  Cela aurait été parfait s’il en était resté là, cependant il ajoute: « Mais peut-être que quand même face aux grands sujets de la vie qu’est la recherche du bonheur ou la recherche d’un partenaire, les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes manières d’y arriver. De là à dire qu’il y a des comportements exclusivement masculins et exclusivement féminins, au plan psychologique, c’est totalement faux ».

Pour conclure, l’argent n’a pas de sexe. Rappelons que les femmes ne sont pas les seules à courir après. Après le rapport de Brigitte Gresy rendu en 2010 sur leur représentation dans les médias, on ne peut s’empêcher de remarquer que ça n’a pas  tellement évolué. A la vue de ces deux émissions, il y a encore beaucoup de travail, comme le résume bien ce clip fait à Hollywood. Là-bas, le combat est encore loin d’être gagné… Peut-être devrions-nous aussi nous lancer une pétition pour une télé qui se libérerait de tous les stéréotypes  ?

Charlotte Lazimi

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3 Réponses to “Zone interdite: flagrant délit de sexisme”

  1. Stéphanie décembre 18, 2012 à 12:03 #

    Bonjour,

    Oui, toute action pétition de ce type est intéressante.
    Quant on voit qu’un Avaaz.org peut fédérer 17 millions de signatures, on se dit que le changement est sans doute vraiment possible et même en marche !
    Alors, oui, initiez la pétition et nous la signerons !

    Merci pour ce blog.

    Cordialement,

  2. Prose décembre 18, 2012 à 12:29 #

    Je suis globalement d’accord avec l’article mais j’avoue ne pas voir du tout le souci avec la précision du psychiatre. Au contraire même.
    On reconnaît qu’il y a des différences dans les choix d’orientation entre hommes et femmes, par exemple, alors pourquoi pas dans la recherche du bonheur/du partenaire comme il dit – même si c’est certainement moins dichotomique – ? Ça ne veut pas dire que ces différences sont « intrinsèquement masculines ou féminines » (il prend bien soin de le préciser d’ailleurs !), ça veut juste dire qu’une société qui éduque différemment hommes et femmes (et les place dans des situations différentes : précarité plus importante chez les femmes, plafond de verre etc.) peut conduire à ce que certains choix ou comportements soient préférés par un genre ou l’autre. Y compris des comportements/choix peu répandus à l’échelle de la population, telle que la recherche du bon parti.
    Reste que le reportage est moisi, mais ça il n’y est pour rien…

  3. gentlemanw décembre 20, 2012 à 12:45 #

    Quand on voit un Dricker cloué de vanité sur sa banquette et qui s’extasie de ses propres blagues (pas drôles) sans laisser sa place à des jeunes (si ! pardon !quelques soumis et soumises). Je rêve d’une télé naturellement (oui par politesse et mixité intelligente) mixte, avec des avis de journalistes de tous sexes et surtout aucun concours de blagounettes stériles, machistes, ou de testostérones en rut depuis l’éducation par grand-père.

    Heureusement il y a le grand 8 avec un panel de femmes, un contenu varié, des idées et des débats (trop courts).

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