Dans patronyme, il y a (aussi) patriarcat

11 Fév
Crédits UGC Distribution

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Ça y est, on y est presque : demain, l’Assemblée Nationale votera le projet de loi autorisant le mariage pour tous. Si vous n’avez pas échappé au débat sur la PMA et la GPA, vous avez peut-être manqué les discussions autour de l’article de loi n°2 : celui qui modifiera  la transmission du nom de famille. « Une révolution [qui] avance masquée », selon le désormais célèbre Hervé Mariton. Rien que ça ! Le principal orateur (et donc opposant au projet) du groupe UMP se désole de cette nouvelle déliquescence de la famille avec un grand F, avec plusieurs arguments imparables.

Le premier pourrait être vraiment drôle s’il n’était pas avancé au premier degré : « Ça s’appelle patronyme, ça a un sens, ça vient du père ». OK, monsieur le député, on arrêtera de dire patronyme quand un enfant portera le nom de sa mère, si cela peut vous faire plaisir. D’ailleurs dans patronyme, il y a aussi patriarcat, et pourquoi pas abandonner certains aspects désuets de ce modèle quand cela fait avancer toute une société ? D’autant que la structure familiale n’a jamais cessé d’évoluer au fil des époques, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les opposants au mariage pour tous.

Le deuxième argument d’Hervé Mariton concernant le nom de famille n’a pas non plus de grande valeur juridique puisqu’il s’appuie sur la défense de la coutume, grande alliée des femmes comme nous le savons si bien. Pour le député, « l’usage, il ne faut pas le chambouler ». Trop tard, Monsieur Mariton, l’usage est massivement chamboulé depuis qu’une ordonnance a été ratifiée en 2005, autorisant un couple à déclarer son enfant sous l’un ou l’autre nom des conjoints, voire en accolant les deux noms. La nouveauté de 2013 ne concerne que les cas de désaccord: à présent, en cas d’absence de consensus, on n’attribuera plus le nom du père par défaut, mais celui des deux parents, par ordre alphabétique.  En adaptant cette pratique aux futurs parents homos, les députés s’apprêtent à modifier un symbole, plus qu’à chambouler une loi, qui a déjà été revue et corrigée il y a quelques années. D’ailleurs l’argument fallacieux selon lequel, à terme, nos descendants auront des dizaines de noms de famille semble particulièrement infondé : les Espagnols, Portugais et Latino-américains portent deux noms jusqu’à leur mariage, où ils se séparent du deuxième. Rassurons donc les porteurs de patronymes inquiets : le système du double nom a fait ses preuves dans tous ces pays.

Accessoirement, on peut espérer que cette banalisation incitera davantage d’époux à porter le nom de leurs conjointes. Jusqu’à présent, les cas sont extrêmement rares alors qu’ils sont autorisés par la loi. Les quelques audacieux qui s’y sont essayés ont dû faire preuve de patience, à l’image de Philippe S. qui a dû batailler pour pouvoir porter le nom de sa femme, moins handicapant pour trouver du travail.

Enfin, le dernier argument de Hervé Mariton mérite d’être souligné, car il relève d’une rhétorique classiquement utilisée pour dénoncer les combats féministes : « Vous pensez que le sujet principal aujourd’hui c’est de disserter et de faire la réforme des noms patronymiques ? […] S’il faut se battre pour l’égalité des femmes, je pense qu’il y a d’autres combats bien plus utiles, en termes de salaire, place dans la vie politique, perspectives dans la vie sociale… ».   On a déjà entendu cette petite musique l’année dernière, lors du débat autour de la suppression de la case « Mademoiselle » des formulaires. Geneviève Fraisse rappelait à cette occasion que, curieusement, les combats féministes n’arrivaient jamais au bon moment .

Toutefois nous avons bien entendu vos déclarations, Monsieur Mariton, et en attendant de vous voir vous impliquer davantage sur les questions d’égalité de salaire et de parité en politique, rassurez-vous, nous nous réjouissons de cette modification législative qui semble n’avoir aucun intérêt à vos yeux, mais qui symboliquement, est un pas de plus vers l’égalité.

Myriam Levain

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4 Réponses to “Dans patronyme, il y a (aussi) patriarcat”

  1. Lucette février 11, 2013 à 1:01 #

    Merci aux homosexuels de faire avancer les droits des femmes avec les leurs 🙂
    Et pour la réflexion de M. Mariton sur le terme « patronyme » : il me semble que le texte de loi utilise « nom de famille » qui est applicable aux deux sexes… donc la remarque tombe à plat. Mais comme disait Régis Alenda sur Twitter : « La plupart des arguments de l’UMP peuvent se démonter par « Et alors? En quoi c’est grave? » »

  2. lyly février 12, 2013 à 3:37 #

    Euh je dois être dans une faille spacio-temporelle différente de ce député, parce qu’aux dernières nouvelles, « patronymique » a déjà été remplacé au profit de « famille » dans l’expression « nom … » parce que justement cela fait référence seulement au père depuis déjà 10 ans.

  3. Tina mars 3, 2013 à 4:17 #

    Voila comment la femme se rabaisse ! En luttant pour des détails, pour être en continuelle opposition avec l’homme.
    Au lieu d’essayer de comprendre l’homme et d’établir un réel dialogue avec lui.
    Que nos idées, nos convictions, nos compétences, notre savoir interpellent l’homme, qu’il soit fière et admiratif de cette femme forte !
    Que la femme prenne conscience que son corps est magnifique et qu’il doit être pleinement respecté !
    N’utilisons jamais l’arme de certains hommes : la violence et la bétise.
    Souriante, douce mais tellement piquante quand il faut

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