Le féminicide, fléau latino-américain

18 Avr
Féminicides en Amérique du Sud

Crédits cc Jim Winstead

En France on connaissait surtout Ciudad Juarez et ses milliers de desaparecidas mexicaines. A présent c’est l’Équateur qui est secoué par une vague de féminicides: ces dernières semaines, plusieurs corps de jeunes femmes ont été retrouvés dans le pays, provoquant la mobilisation des Equatoriens dans la rue comme sur Twitter, où le hashtag #KarinaDelPozo a fait le tour du monde. Cette jeune femme de 20 ans a vraisemblablement été violée puis assassinée après une soirée arrosée, puis son cadavre a été abandonné dans un parc.

Ce sordide fait divers, suivi de peu par le meurtre similaire de Gabriela León, devrait encourager les députés équatoriens à introduire le 24 mai prochain la notion de féminicide dans le code pénal. En résumé: le meurtre d’une femme parce qu’elle était une femme (très souvent accompagné de violences sexuelles) constituera désormais une circonstance aggravante pour les assassins. L’Équateur deviendrait ainsi le neuvième pays d’Amérique latine à adopter le concept de féminicide (femicide en anglais).

La pays tristement pionnier dans le domaine est le Mexique, dont les meurtres de femmes n’ont jamais cessé à Ciudad Juarez depuis 1993. Dans cette ville frontalière des Etats-Unis, où les travailleurs pauvres sont massivement employés dans les maquiladoras, des centaines de femmes ont disparu sans jamais être retrouvées, des centaines d’autres ont été sauvagement assassinées après avoir été violées. Les champs de croix roses en hommage aux victimes sont devenus un emblème de ces crimes, dont très peu ont été élucidés et qui sont repartis de plus belle ces dernières années : guerre des cartels, police corrompue et trafics en tout genre semblent avoir condamné la ville à l’anarchie et la violence.  Mais si Ciudad Juarez a longtemps fait figure de funeste exception, les féminicides (et les violences en général) ont dorénavant traversé les frontières des pays voisins. L’Amérique centrale dans son ensemble est confrontée au phénomène, à tel point que le Guatemala, le Salvador et le Costa Rica ont eux aussi adopté le terme de féminicide, et que l’ONU Femmes a mis au point un protocole spécifique à la région. Pour Graciela Atencio, une journaliste argentine spécialisée sur les cas de Ciudad Juarez, «le féminicide prospère dans des pays où l’Etat est démissionnaire et complice. Une vie ne vaut rien, surtout si c’est celle d’une femme. »

En 2011, la France s’est emparée du sujet suite au meurtre de deux jeunes Françaises parties en vacances à Salta. Si leur assassinat a ému les médias français, il a également secoué l’Argentine, qui a à son tour introduit la notion de féminicide dans son code pénal quelques mois plus tard. Depuis, le père d’une des deux victimes, Jean-Michel Bouvier, lutte pour que le crime de féminicide soit reconnu en France. Il en a fait le combat de sa vie, en mémoire de celle de sa fille Cassandre.

Myriam Levain

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