Merkel, une réussite en trompe-l’oeil

24 Sep

Angela Merkel, en 2009

C’est officiel depuis dimanche. Angela Merkel est (de nouveau) la chancelière de l’Allemagne. Avec huit ans d’exercice à son actif, elle est dans l’Allemagne d’après-guerre, la troisième à ce poste à remporter trois élections de suite. Si elle termine ce mandat, elle battra même le record de Margaret Thatcher (qui dirigea le Royaume Uni 11 ans 6 mois et 24 jours). Une autre première donc pour cette femme.  L’Allemagne est-elle pour autant un modèle en terme d’égalité?

Ce n’est un secret pour personne : dans le pays la situation des femmes évolue peu. Ces dernières ne représentent toujours que la moitié des actifs et doivent souvent choisir entre carrière et enfant.  En effet, près de 31% des femmes diplômées renoncent à en avoir. Et, en matière d’égalité salariale, le pays fait figure de mauvais élève, avec le record détenu en Europe d’inégalité entre hommes et femmes, soit 21% d’écart à compétence égale, contre 16% en moyenne. Sans oublier que parmi les travailleurs pauvres, comme en France, les femmes souffrent d’une grande précarité. L’Allemagne semble même redécouvrir le féminisme et ses combats avec une nouvelle génération pleine de ressources et de contradictions.  Et  c’est loin d’être gagné. En 2010, la ministre de la famille Kristina Schröder avait fait scandale en attaquant le féminisme, Simone de Beauvoir et en confortant les stéréotypes qui veulent que « les femmes aiment étudier les lettres » et les hommes préfèrent « les études d’ingénieur informatique. »

Si l’Allemagne n’est pas un modèle dans le domaine, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi en France la nomination d’une femme Première ministre ou l’élection d’une Présidente nous apparaît presque comme une mission impossible.  Si Angela Merkel gouverne depuis huit ans, cela fait aussi douze ans qu’Edith Cresson fut nommée Première ministre sous François Mitterrand. Un séisme à l’époque, qui depuis n’a pas été renouvelé. A l’époque, Angela Merkel, à 37 ans, était déjà ministre de la condition féminine. Mais elle n’y fit pas de miracle notamment sur la question de l’avortement. En 1998, elle était d’ailleurs la première femme à diriger son parti, le conservateur CDU. Comment expliquer cet écart en France ? Car les premières femmes sont depuis longtemps entrées au gouvernement français. Elles étaient trois en 1936  nommées par Léon Blum, alors qu’elles n’avaient pas encore le droit de vote.

Une chose est sûre, on peut sincèrement douter de l’émergence d’une femme politique aux présidentielles 2017. Aujourd’hui, leur présence au plus haut niveau surprend encore, en témoigne les réactions de certains journalistes pour la couverture des élections municipales de 2014 notamment à  Paris. Espérons que l’avenir nous donnera tort.

Charlotte Lazimi

2 Réponses to “Merkel, une réussite en trompe-l’oeil”

  1. funambuline septembre 24, 2013 à 1:20 #

    Ne pas avoir d’enfant n’est pas forcément « renoncer à en avoir ».

    Les mouvements #nokid sont plus présents en Allemagne qu’en France, c’est aussi une des grandes raisons de ce pourcentage de 31% de femmes qui CHOISISSENT (et non pas renoncent donc) de NE PAS avoir d’enfant.

    Si les sites féministes aussi continuent à projeter la femme comme une obligatoire mère, on est pas sorties…😦

    • Les Martiennes septembre 25, 2013 à 12:20 #

      C’est une remarque pertinente! Nous aurions dû effectivement écrire « choisissent » et non « renoncent ». Merci pour cette prise de conscience d’une expression regrettable!

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