Médias : les femmes à la une, c’est pour quand ?

3 Mar

Affiche RTL sexiste

Il existe un grand paradoxe chez les journalistes. Alors qu’ils passent leur journée à décrypter notre société et à (souvent) en dénoncer les inégalités, ils ne font souvent guère mieux que les autres. Si la remarque leur est souvent faite en matière d’exploitation des jeunes et de non-représentation des minorités, les voix s’élèvent plus rarement sur la question de la sous-représentation des femmes dans les médias. Peut-être parce que la cohorte de jeunes présentatrices donne l’impression -erronée- que la parité est installée dans les médias. Pourtant, c’est un fait, régulièrement rappelé dans les enquêtes : les femmes gagnent toujours 12% de moins que les hommes à compétences égales. Elles ne sont également que 3/10 dans la hiérarchie et 18% à être sollicitées comme expertes sur les plateaux.

C’est pour en finir avec ce déséquilibre qu’est né le collectif de journalistes « Prenons la Une », dont le manifeste est publié aujourd’hui dans les colonnes de Libération. Les Martiennes en sont évidemment signataires, ce combat étant le nôtre depuis le lancement de notre blog il y a trois ans.

Ce manifeste est l’indice que les choses bougent, même si elles le font doucement. Que près de 250 journalistes, dont certaines plumes illustres, l’aient signé sans hésiter, démontre que nous sommes arrivées à un vrai ras-le-bol collectif, que les patrons de presse feraient mieux d’entendre avant d’être définitivement has been.

L’an dernier déjà, la rédaction des Échos avait fait parler d’elle en dénonçant via une grève de signatures féminines l’absence de femmes dans la hiérarchie du quotidien. Le CSA s’est également saisi de la question des expertes et devrait réussir à imposer à travers la future loi sur l’égalité hommes-femmes, une meilleure proportion de femmes sur les plateaux (chapitre II, article 16).

Pourtant, ces initiatives restent encore isolées, et le monde des médias est aussi frileux que le reste de la société française quand il s’agit de répartir les privilèges. Et les personnalités qui en détiennent le pouvoir, majoritairement masculines, ne sont pas du tout prêtes à y renoncer. En cette semaine du 8 mars, toutes les rédactions s’apprêtent à faire un effort pour mettre les femmes à l’honneur. Mais les statistiques jouent contre elles, et dès le 9 mars, cette effervescence aura disparu.

Si le sexisme ordinaire est insidieux dans tous les milieux professionnels, celui qui sévit dans le monde du journalisme est particulièrement difficile à cerner, les étudiantes dans ce domaine étant plus nombreuses que les étudiants. Pourtant, au fil de la carrière, les inégalités se dessinent : plus touchées par la précarité, moins bien payées, mais aussi cantonnées à certains domaines et exclues de la hiérarchie, les femmes font encore les frais de nombreux stéréotypes. Sans parler de certains angles de sujets ou de certains choix de couvertures: dès qu’on creuse un peu, la misogynie est bel et bien palpable. Mais beaucoup continuent de fermer les yeux et de cultiver un entre-soi, qu’il sont prompts à dénoncer dans le CAC 40 ou la politique, mais qu’ils ne remarquent même plus quand il les concerne.

C’est pour lutter contre cette force d’inertie que les femmes journalistes se mobilisent à présent. La célébration des femmes une semaine par an c’est bien, l’égalité professionnelle, c’est mieux.

Myriam Levain

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Une Réponse to “Médias : les femmes à la une, c’est pour quand ?”

  1. Ringard Willycat mars 9, 2014 à 7:05 #

    si vous cherchez des pubs de médias avec des femmes, je vous en trouve des dizaines

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