« Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? » ou le sexisme qui rapproche ?

14 Mai
Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?  D.R

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? D.R

C’est le succès de l’année. Le film, mené par les excellents Chantal Lauby et Christian Clavier, cartonne. Et ça étonne. Les articles se sont en effet multipliés pour tenter de comprendre l’engouement du public. Qu’est-ce qui a donc attiré plus de cinq millions de spectateurs dans les salles obscures ?, s’interroge-t-on. Si parfois les gags sont un peu lourds et le jeu des gendres assez limité, la mayonnaise prend. Le problème ? C’est toujours au détriment des femmes.

A l’affiche du film, on peut dire que la parité est respectée. Les quatre filles du couple Verneuil ont toutes un mari « issu de l’immigration », comme le regrette leur père. D’ailleurs, si l’on est parfaitement honnête, il y a même plus de femmes que d’hommes à l’affiche: entre le couple Verneuil, leurs filles, maris et fiancé compris, les parents de Charles, et sa sœur. Est-ce suffisant ? Pas vraiment… Les femmes, à part peut-être Chantal Lauby, ont des rôles pour le moins évanescents. On peut presque compter leurs répliques sur les doigts d’une main, tant elles sont rares. Et pour l’intérêt des personnages, on repassera. D’abord, il y a l’artiste dépressive qui pleure pour un rien. Puis, on trouve les épouses de Rachid  et David, dont on ne retient même pas le prénom. Et bien sûr, il y a Laure, la future mariée. Pour une série de portraits, c’est un peu léger. D’ailleurs, si le personnage de Frédérique Bel est avocate, ce n’est pas elle qui libère son père de garde-à-vue, mais Rachid, son époux, avocat commis d’office, qui tente le tout pour le tout. Idem pour la femme de David, dentiste, qu’on aperçoit quinze secondes dans son cabinet.

Pendant tout le film, les maris sont à l’origine de tous les gags. Ils discutent, se battent, interagissent. Quid des femmes ? Ces dernières parlent mariage, font la vaisselle, ou retiennent leur mari de se battre. On a vu plus épanouissant. C’est ce qu’expliquait Jean-Baptiste Morain dans les Inrocks, qui estime que le film « s’avère finalement plus sexiste qu’autre chose ». En effet, les femmes pleurent souvent ou s’énervent. Elles en sont presque réduites à ces deux émotions, sauf quand elles enlacent leur « gentille » maman, bigote et dépressive. Pourquoi recruter Frédérique Bel, « ex minute blonde » si ce n’est pour exploiter ni son talent comique ni son talent de comédienne ?  Bien sûr, les personnages de Chantal Lauby et  de la maman de Charles font preuve d’ouverture, prêtes à tout « pour le bonheur de leurs enfants ». Là encore, on est dans le stéréotype de la « bonne mère ». L’idée est toujours la même : les hommes se battent et les femmes les réconcilient. On est bien loin de la complexité de la « vraie vie ».

C’est surtout le dénouement, qui est révélateur. Christian Clavier et le père de son futur gendre se détestent. Heureusement, ils finissent par trouver un terrain d’entente à la pêche, en solitaire, puis autour d’un déjeuner arrosé. Surtout, ils sont tranquilles à l’écart de leurs épouses respectives, qui les « harcèlent » au téléphone. Et c’est peut-être ça qui les rapproche : la lassitude à l’égard de leur « bonne femme ».  Bref, dommage que les femmes n’aient pas plus d’épaisseur, tout comme le scénario. Cela aurait peut-être aussi permis au film d’avoir plus de profondeur. Celui-ci ne parvient pas à sortir du simple divertissement, comme quoi le sexisme, même inconscient, n’est pas forcément payant.

 

Charlotte Lazimi

2 Réponses to “« Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? » ou le sexisme qui rapproche ?”

  1. Carlotta Stermaria mai 14, 2014 à 2:41 #

    Tout à fait d’accord avec cette lecture (ainsi que celle des Inrocks) : c’est ce qui m’a gênée en sortant du film : une floppée de personnages secondaires n’y ont pas beaucoup de relief, ce qui est dommage pour tout film et particulièrement pour une comédie (contre-exemple positif : « Juno » dont les très bons personnages secondaires apportent beaucoup au charme du film).

    Dans l’ensemble, j’ai trouvé les personnages féminins écrits avec moins de soin que les personnages masculins, ce qui laisse la porte ouverte à des scènes ou retournements peu cohérents : la maman qui passe immédiatement de la dépression à la zumba complètement insouciante (juste pour nous offrir une scène narrativement inutile, mais rigolote?), la future mariée qui abandonne son promis le jour même (elle est censée être amoureuse, tout de même, et rien ne nous a indiqué auparavant que l’équilibre du mariage de ses parents lui était si fondamental pour qu’elle se lance dans le sien) pour revenir, une fois l’approbation du papa retrouvée (à la place du fiancé, je m’inquiéterais)…

    Même s’ils sont eux aussi taillés à la serpe et stéréotypés (ce qui ne me pose pas de problème, on est dans une comédie), je trouve que les personnages masculins ont eu droit à un peu plus de constance.

  2. Junqueira mai 14, 2014 à 4:35 #

    c’est exactement ce que j’ai pensé en allant le voir hier

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :