Le harcèlement de rue, nostalgie d’une époque heureusement révolue

17 Juil
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Je ne reviendrai pas dans ce post sur le fait que c’est l’été et qu’en ce moment traverser la rue est particulièrement pénible quand on est une femme et qu’on a le malheur d’avoir les épaules et les jambes nues. Les « ravissantes » et autres « charmantes » fleurissent sur notre chemin à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Quand on y pense d’ailleurs, il y a plus désagréable que d’entendre ça quand on marche sur le trottoir. D’ailleurs, dans la culture méditerranéenne qui est la nôtre, alpaguer une femme n’est pas toujours agressif. Mais toujours misogyne. Et toujours intrusif. Car même quand le compliment de rue est dit avec la meilleure des intentions, impossible de ne pas se sentir envahie. D’autant que la plupart du temps, la destinataire n’est pas plantée dans la rue à regarder les hommes passer. Le plus souvent, elle est pressée quand elle marche et/ou porte des écouteurs et/ou est en train de téléphoner et/ou est en train de lire. C’est là que le compliment se transforme en intrusion et la drague en harcèlement.

Depuis quelques mois, les reportages et témoignages se multiplient sur le sujet, les femmes découvrant qu’elles sont très nombreuses à subir cette pression insidieuse, leur rappelant à tout moment que notre société les considère avant tout comme des objets sexuels et que l’espace public reste largement dominé par les hommes. Pourtant, la pratique ne diminue pas, au contraire. La semaine dernière, une amie ulcérée me confiait qu’elle avait même l’impression que la situation empirait. Les hommes n’entendraient-ils pas le reproche qui leur est fait ? Comme toutes les attitudes misogynes, il est difficile de se défaire de décennies, voire de siècles de mauvaises habitudes. Mais ne pourrait-on pas penser qu’à l’ère d’Adopte Un mec, de Tinder et plus globalement de la liberté sexuelle, il est plus facile d’entrer en contact avec le sexe opposé ? Ce que révèle le phénomène du harcèlement de rue, c’est sûrement que non. Et que la liberté théorique que nous avons acquise n’est pas si simple à manier.

Ces mecs qui nous balancent des « Mademoiselle, t’es trop charmante » et autres variantes expriment quelque chose à travers ces mots. Que ce soit une tentative maladroite d’établir le contact ou pire, une menace à peine voilée. Nous rigolons sur le fait qu’ils n’ont aucune chance de conclure, mais s’ils essaient d’engager la conversation, c’est certainement qu’ils y croient un peu. Et la série d’insultes qui peut suivre une tentative avortée est un indice de la frustration existant face à des femmes qui conquièrent chaque jour un peu plus leur indépendance et sur lesquelles on essaie pathétiquement de réaffirmer une autorité volatilisée. Sans donner du grain à moudre aux masculinistes pleurnichant sur la disparition de l’homme avec un grand h, il est évident que les relations hommes-femmes sont perturbées par l’émancipation de ces dernières. Et c’est tant mieux. Le rapport de force entre les sexes, certes loin d’être égalitaire, n’est plus systématiquement favorable aux hommes. Les manifestations d’autoritarisme telles que le harcèlement de rue témoignent d’une nostalgie pour une époque -presque- révolue: celle où les femmes marchant seules dans la rue étaient considérées comme des prostituées et/ou des proies faciles.

Mais à l’inverse de cette nostalgie misogyne, on peut aussi interpréter l’intensification du harcèlement de rue comme une contre-réaction au progrès que constitue l’autonomie grandissante des femmes. Aussi inquiétant soit-il, ce phénomène pourrait n’être qu’un énième backlash face à l’émancipation. Et serait donc le signe que la liberté féminine de mouvement est tangible. Aux femmes donc de ne pas se laisser intimider et de continuer à déambuler dans la tenue de leur choix, afin de conserver cet acquis. D’ailleurs, malgré la pression sociale qui s’exerce sur elles, elles sont de plus en plus nombreuses à affirmer qu’elles ne sont pas près d’abandonner cette liberté.

Myriam Levain

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3 Réponses to “Le harcèlement de rue, nostalgie d’une époque heureusement révolue”

  1. Héloïse juillet 17, 2014 à 12:10 #

    Hum… Quelles sont vos sources historiques pour affirmer que le phénomène est « nouveau », qu’il s’intensifie ou se banalise ? Et des sources pour prétendre que ces hommes sont « frustrés » (les hommes sont plus « frutrés » que les femmes alors ?) ? Ne serait-il pas pertinent d’analyser le phénomène plutôt sous l’angle des rapports de dominations ?

  2. Choubaka juillet 19, 2014 à 1:59 #

    J ai quelques petits trucs a redire. Je m excuse d avance pour le manque de lettres avec accents ou des fautes de frappes, je me trouve en ce moment dans mon pays d origine avec un clavier qwert et autres lettres; et j y passe mes vacances. Justement c un pays mediterranneen ou les hommes sont encore un peu macho, et la religion assez presente. Un pays ou il fait chaud et les filles sont habilles legerement: Bref, a aucun moment de ma vie je n ai ete traitee dans la rue, JAMAIS. Alors qu en Belgique (mon pays d adoption) j ai souvent eu droit aux remarques. Alors comment expliquez vous cela? Ca m interesse vraiment. C est peut etre qu ils ont tellement l habitude de voir des jolies filles en bikini que cq ne leur fqit plus rien? Simple hypothese: Ou peut etre parce que leurs meres n apprecieraient pas que leurs fils traitent ainsi les inconnues dans la rue.

    Autre remarque, vous dites que les femmes ne font que passer dans la rue… C est vraiement nous prendre pour des appeurees de service. Evidemment que la rue m « appartient ». Je me promene et je ne marche pas toujours tres vite. Je profite du paysage, d un moment d evasion dans la pollution ( c est sympa aussi). Si je vois un agreable garcon, evidemment aue je vais regarder. Mais jamais il ne me viendrait a l esprit de l acoster. Et puis pour quoi faire? C est vrai, non? Acoster un inconnu dans la rue juste parce qu il qu il a un joli popotin, que vais je bien pouvoir lui dire a part me faire passer pour une folle dingue 😉 Et faisant un lien avec mon pays natal. Ici les femems et hommes passent leur temps dans les cafes. Ce sont nos lieux de rencontres. Le matin avant le boulot on passe boire son cafe, le midi pour la pause, apres le boulot, le soir, le we, les feries etc. C est a nous a nous mettre a l aise partout. C est a nous de ne pas avoir peur. Car on n a aucune raison d avoir peur: On a aucune raison de nous sentir mal a l aise devant un con dans la rue qui nous dit qqch.

    • Grozozio août 8, 2014 à 10:20 #

      Votre post est très rafraîchissant, c’est paradoxal mais à vous lire on se croirait dans les années 80 à Paris.
      Quant à ce billet, mes félicitations à l’auteure ! Vous avez su être courte dans l’insignifiance et c’est remarquable, d’habitude les plumitives de votre acabit ne savent pas s’arrêter sur ce type de sujet et en font des caisses d’indignation surjouée.
      Encore bravo, un dernier effort et vous aurez (peut-être) quelque chose à dire.

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