Si, Orange is the new black est bien une série féministe !

19 Sep

orange is the new blackC’est l’événement de la rentrée, une célèbre et désormais puissante plateforme de vidéos en ligne, netflix, vient d’arriver sur le marché français. En produisant de géniaux ovnis comme Orange is the new black, le serveur veut désormais conquérir la France. Pour ce faire, il a convié les actrices les plus emblématiques de sa série phare pour une table ronde. Chez les Martiennes, une partie de l’interview a retenu notre attention, celle qui concerne bien sûr le féminisme du show. A notre grande surprise, les actrices estiment que leur série n’est surtout pas féministe. Décryptage de leurs arguments.

Ce que dit Taylor Schilling, alias Piper Chapman: «  Ce n’est pas une série féministe. On s’intéresse à des personnages, pas à des thématiques ou des combats ».

Ce qu’on en pense : Ce qui est intéressant, c’est que l’actrice principale du show ne réalise pas qu’une série où 90% des rôles sont féminins est en soit féministe. Généralement, au cinéma ou à la télévision, et plus généralement dans la culture ou les médias, les femmes ont souvent les seconds rôles, parfois insipides. Elles sont là pour « soutenir le héros » ou pour susciter une intrigue amoureuse. Ce qui est passionnant dans Orange is the new Black ou OITB pour les fans, ce sont toutes les facettes de ces personnes ordinaires qui se retrouvent en prison. Rappelons que Jenji Kohan, la créatrice du show, est également l’inventrice de Weeds. Vous direz qu’avec Shonda Rhimes ou Mindy Kaling, c’est commun à la télévision américaine d’avoir une femme showrunner. Eh bien pas tant que ça. Cette série incarne un autre « combat », celui de la représentation des femmes à la télévision, et notamment dans la fiction. Il s’agit aussi d’une lutte pour la visibilité des femmes. C’est peut-être la force de la série: rappeler que la femme est un être humain comme les autres. Ni pire, ni meilleur. La série fait aussi figure d’exception, car elle bat en brèche un préjugé : l’idée de femmes victimes, douces et incapables de faire du mal. Bien sûr, cette idée reçue est fausse. Et la série le montre habilement, notamment avec le personnage machiavélique de Vee (dans la 2e saison). Surtout, le show aborde avec finesse et pertinence l’homophobie de la société américaine. Les histoires d’amour (et de cul) lesbiennes sont nombreuses et ça change! Surtout, et c’est rare, un personnage transsexuel explose à l’écran et il est incarné par Laverne Cox.

D.R.

Vee, la « méchante » redoutable de la deuxième saison D.R.

Ce que dit Kate Mulgrew, alias Red : «C’est une série courageuse, philosophiquement, mais qui ne fait pas de politique. Si Orange is the new black était féministe, elle serait plus radicale, plus militante, et perdrait de sa sensibilité, de sa délicatesse.»

Ce qu’on en pense : Si on rejoint Kate Mulgrew sur le courage de la série, il serait absurde de penser qu’elle ne fait pas de politique. Montrer la vie de femmes dans une prison est politique. Elle nous force à nous interroger sur l’utilité et la pertinence de l’enfermement, sur les conditions de vie des détenues, sur l’humanité de criminelles. Elle montre une société pleine de nuances avec des personnages forts et complexes. A travers cette lecture, on lit en filigrane un vieux préjugé sur le féminisme : il serait forcément agressif, militant, presque hystérique ou combatif… Féministe serait le synonyme de dur et sans « délicatesse ». Dommage, car le féminisme n’a pas le monopole de l’agressivité et le féminin de la douceur.

Ce que dit Kate Mulgrew, alias Red. «Les féministes sont si souvent en colère…»

Ce qu’on en pense : Encore un préjugé. Les féministes, ces « enragées en colère » contre la société. Vouloir l’égalité, ou une plus grande justice ne signifie pas forcément être aliénée par ce sentiment primaire. Vouloir l’égalité entre hommes et femmes pour salaire égal à compétence égale, c’est plutôt avoir l’espoir de travailler pour une société meilleure. On peut le faire avec humour, sans haine et même sans colère….

D.R.

Brooke Soso D.R.

Ce que dit Kate Mulgrew, aliais Red: « Il n’y a qu’une seule détenue qui, peut-être, est féministe, c’est Brook Soso [qui apparaît en saison 2, ndlr].»

Ce qu’on en pense : [attention spoilers] Pour ceux et celles qui ont suivi la saison 2, Brook Soso n’est pas féministe. Rien dans son discours ne le suppose. C’est juste le personnage insupportable, mais (un peu) attachant de la série. C’est LA reloue de service, celle qui ne cesse de parler et prend tout le monde pour son amie potentielle. Certes, elle a des idées politiques, car elle tente de lancer (sans succès) une grève de la faim. Mais, répétons-le, elle n’est pas féministe. Encore une fois, le mot semble juste synonyme d’ »emmerdeuse ». C’est bien dommage. En revanche, le personnage de Kate Mulgrew, alias Red, est particulièrement féministe. Son interprète ne semble pas en avoir  conscience. Elle est la chef de bande, celle qui règne dans la première saison et qui retrouve son pouvoir dans la 2e. Elle peut être impitoyable ou terriblement humaine. Surtout, elle est particulièrement intelligente, beaucoup plus que son époux ou que ses fils…

Pour conclure : Certes, la série n’est pas parfaite. Certains lui ont reproché de faire une caricature des femmes noires américaines, forcément agressives. D’autres regrettent la présence inutile de scènes de sexe où des corps « parfaits » sont exhibés. Mais OITB reste une exception dans sa catégorie, où le féminisme (et c’est tant mieux) est loin d’être absent.

Charlotte Lazimi

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3 Réponses to “Si, Orange is the new black est bien une série féministe !”

  1. berzingh septembre 23, 2014 à 2:12 #

    Dommage que les actrices (et/ou la communication officielle) de la série tombent dans le déni de féminisme. J’ai découvert cette série avec l’arrivée de Netflix en France, et c’est une vraie bouffée d’air frais : une myriade de personnages féminins, différents, uniques, divers, tant mentalement que physiquement. Effectivement, rien que ça, c’est fantastique et définitivement féministe (même si on peut ensuite analyser plus en profondeur et relevé des choses plus ou moins gênantes).

  2. Laurie octobre 2, 2014 à 8:41 #

    Étonnant discours que celui tenu par les actrices de la série. Si l’on considère le produit pur de la série, c’est vrai qu’elle tombe dans certaines facilités et caricatures et ça laisse penser que son but n’est que de narrer l’histoire de personnages fictifs, comme le suggère Taylor Shilling. Mais c’est dommage et un peu triste de dire que cette série n’est pas politique et ne s’attache pas à un combat. OITNB est quand même inspirée d’une histoire vraie, certes en prenant des distances (je les relate sur mon blog), mais je pensais que les actrices se feraient au moins le relais des combats liés à l’incarcération. Quant au féminisme, tu l’as souligné très justement, il y a des figures dans cette série qui incarnent le féminisme par leur histoire, leur caractère, leur force… bonne idée de rebondir aux paroles des actrices dans cet article!

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