Le cas Zemmour: faut-il être misogyne, raciste et homophobe pour passer à la télé ?

6 Oct

Eric-Zemmour---Youssoupha

La question mérite d’être posée, surtout lorsqu’on voit le tapis rouge déroulé par certaines émissions au soi-disant trublion Éric Zemmour. Après l’interview/débat de Léa Salamé, Laurent Ruquier et Aymeric Caron samedi soir de l’émission On n’est pas couché, il était de nouveau invité sur les ondes de France inter lundi matin à 7h50, et nous, on frôle l’overdose. Cette fois, il est encore interrogé mollement par Léa Salamé, qu’il connaît bien (elle a animé pendant un an l’émission Ça se dispute sur I-télé, dans laquelle Éric Zemmour officie depuis onze ans, face d’abord à Christophe Barbier, puis à Nicolas Domenach). Si on ne peut que constater la complaisance de ceux qui sont censés dénoncer, corriger ou apporter la contradiction à ses propos, il s’agit aujourd’hui de décrypter le cas Zemmour.

Beaucoup le connaissent, nombreux apprécient son amour de la petite phrase, ses bons mots et ses déclarations tonitruantes. Peu finalement l’ont lu, même si son succès en librairie est indéniable. Pas étonnant, me direz-vous, quand on voit la place qu’il occupe dans les talk shows, avec cette élite politico-médiatique, qu’il dénonce pourtant. En lisant Le Premier Sexe, on pouvait s’attendre à une argumentation soignée, tant l’homme semble cultivé sur le petit écran. Force est de constater que ce n’est pas le cas. Éric Zemmour, qui se présente comme un pourfendeur de la « doxa dominante », est juste paranoïaque. Il voit le monde de façon binaire : aux hommes la force, aux femmes la faiblesse. Si le monde s’effondre, c’est forcément de la faute des femmes qui ont obtenu trop de droits, trop de pouvoir et qui causent, pour à peine caricaturer sa pensée, la défaite de la civilisation française. Rien que ça!  L’homme aurait « perdu ses repères », serait victime d’une odieuse dictature de « ces femmes, ces féministes, et ces homosexuels », « castrateurs ». Finie donc l’époque bénie selon ce dernier, où les hommes mariés pouvaient aller au bordel et assurer leur pouvoir dans la rue et à la maison. Aujourd’hui, ces pauvres hommes du XXIème siècle seraient obligés d’être monogames et d’être « féminisés ». Une obsession effrayante pour Zemmour.

Son délire paranoïaque va loin. A travers le prisme de stéréotypes sexistes, racistes et homophobes, il tente d’expliquer notre société et d’en analyser le fonctionnement. Sur ce qu’il appelle le « garçon arabe », il déclare quand même : « Trente ans après, le jeune arabe est le non-dit lourd de la société française », haï selon lui par les féministes car il représenterait « l’âge de pierre antiféministe ». Il poursuit : « Il est le barbare dans Rome, le loup entré dans Paris. Il a un langage proche de Neandertal. Il est l’homme d’avant la civilisation. Il réagit en mode binaire ‘lopesa’ ou ‘respect’, putes en minijupes ou saintes voilées, putains ou vierges. Il n’a pas lu Stendhal. Il n’a pas lu René Girard. Pas Dostoïevski et l’Eternel mari. Mais il offre parfois ses conquêtes à ses amis au cours des fameuses tournantes. »

Sa stratégie est simple. D’abord se placer en situation de supériorité, car Eric Zemmour veut montrer qu’il sait, qu’ il a lu, quand les autres ne sont que des abrutis incultes. Il amalgame jeunes, banlieues, arabes, noirs, rappeurs, délinquants, criminels, où tout est censé incarner le mal. Là encore, selon lui, les tournantes ne seraient que le fait de population pauvre immigrée et surtout « arabe ». Mais le viol en France, et notamment le viol collectif n’ont pas attendu la naissance des cités ou l’arrivée d’une quelconque immigration pour exister…. Mais Eric Zemmour méprise et fantasme sur « le garçon arabe » et « le black macho ». « Il viennent d’un univers où les hommes ne sont pas féminisés, où ils se conduisent selon leurs pulsions, écrit-il. Les autres jeunes les observent avec un mélange d’envie. Nos enfants si bien élevés ne s’avouent pas qu’ils aimeraient les imiter ».  Et le délire ne s’arrête pas là. Car Zemmour parle aussi de sionisme et il a une explication simple pour en parler. Il évoque « les jeunes juifs des quartiers populaires », qui seraient sionistes pour une raison: « Ils ont eux aussi trouvé une virilité par procuration. (…) Israël et son armée, et ses chars, ses avions, tous ses phallus de fer et d’acier, son mépris des organisations internationales, les coups de menton virils d’Ariel Sharon [Le livre date du début des années 2000]. Il ne se trompe pas. Le sionisme est d’abord une tentative historique d’en finir avec l’image « féminisée » du juif européen. » Merci pour l’analyse…

Pour conclure, Eric Zemmour mélange tout et brouille les discours pour faire entendre sa musique et refuser de reconnaître l’égalité de droit entre hommes et femmes notamment. Car après tout, la place de la femme soumise est d’abord à la maison selon lui. Elle ne devrait pas investir ce qu’il appelle les sphères de pouvoir. Car dans sa logique, sa seule présence affaiblit le pouvoir lui-même, comme si dans sa nature profonde, la femme ne pouvait être autre chose qu’un être assujetti à son mari. Bien sûr, il est contre l’avortement, synonyme de« fin de l’histoire » et de la « civilisation européenne ». La légalisation de l’avortement aurait eu pour conséquence, d’après lui, une baisse alarmante de la natalité. Ce qui est faux… Eric Zemmour oublie que l’avortement a toujours existé et qu’aujourd’hui dans les pays où il est interdit, les avortements clandestins font des ravages. Selon les Nations Unies, chaque année 47000 femmes meurent des conséquences d’avortement clandestin. Son discours qui se veut « politiquement incorrect » ne l’est en réalité pas du tout. C’est la force de Zemmour de vouloir nous faire croire le contraire. En réalité, il se place dans un long héritage misogyne et de haine des femmes, des homosexuels, et des étrangers et son discours est truffé de préjugés  anxiogènes. Il n’y a là rien de révolutionnaire. Au contraire. C’est même consternant de banalité. Dommage qu’on lui serve encore et toujours la soupe.

Charlotte Lazimi

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2 Réponses to “Le cas Zemmour: faut-il être misogyne, raciste et homophobe pour passer à la télé ?”

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