Le féminisme pop, un vrai-faux concept ?

22 Oct
La série Girls, symbole du " féminisme pop" D.R.

La série Girls, symbole du  » féminisme pop » D.R.

Depuis quelques mois, la presse adore parler des « pop féministes », de ces nanas bien dans leur peau « décapantes, cash, déjantées, irrévérencieuses, névrosées, provocantes, intelligentes », en bref, à mille lieues du « féminisme old school des années 70 ». C’est en tout cas ce qu’expliquait en juin 2014 Obsession le supplément du Nouvel Obs. Les « pop » féministes seraient donc « plus cool ».

Et pour caricaturer le propos, elles seraient des filles super sympas, à l’opposé des stéréotypes de la féministe hystérique et agressive. Car cette image négative a la vie dure, au point que les actrices qui jouent dans des films ou des séries féministes prétendent souvent le contraire. Elles ne sont surtout pas féministes et tiennent à le rappeler, comme l’ont fait les héroïnes d’Orange is the New Black ou encore les actrices de Sous les Jupes des Filles d’Audrey Dana. Décrédibiliser les féministes, les faire passer pour des monstres agressifs n’est pas nouveau. Si être féministe reste pour beaucoup un gros mot, c’est parce que les opposants de l’égalité ont toujours tenté de dévaloriser leur combat, dévaloriser leurs propos, en dévalorisant d’abord les militantes et les militants féministes.

Et c’est sûrement le problème que posent les articles s’intéressant au « féminisme pop »: ils opposent « les bonnes » et les « mauvaises » féministes, les sexy sympas et les autres, les jeunes et les vieilles, les in et les « old school », pour ne pas dire les ringardes. A croire que les auteurs de ces papiers découvrent que les féministes sont en fait des femmes et des hommes normaux…. Merci pour l’info.  Ces pop féministes représentent  cette nouvelle vague connectée. « Outre-Atlantique, la presse les appelles les « Next Wave Feministes », pouvait-on lire dans les Inrocks en février 2014.  Une génération hybride, néo-hippie à bien des égards, mais qui croque l’informatique à pleines dents, tout en restant critique. Et qui a totalement assimilé la culture des gender studies (quasi mainstream dans la culture anglo-saxonne depuis le début des années 2000) et se fait un plaisir de mettre en pièces hétéronormativité et réseaux sociaux». A force de décrire ces nouvelles féministes, de parler de leur technique, de leurs habitudes, on en oublie presque l’essentiel, le féminisme, c’est d’abord le combat pour l’égalité femme/homme. Et c’est tout.

Il existe toutefois une réelle nouveauté: le coming out féministe de stars internationales comme Beyoncé, en passant bien sûr par Lena Dunham, Taylor Swift, Emma Stone, Emma Watson à l’ONU, Jennifer Garner ou encore Sheryl Sandberg. « Elles sortent le mouvement de la sphère militante, politique, intellectuelle pour le faire entrer dans la pop culture, souligne l’historienne Christine Bard dans ELLE. On peut espérer que cela fasse boule de neige. » Le risque en revanche, c’est que ce « pop féminisme » ne soit qu’une mode passagère. On espère que non. Peut-être que ces stars qui prennent des positions audacieuses rendront la lutte pour l’égalité plus grand public et plus évidente, et non plus marginalisée. Malheureusement, quand on voit qu’une personnalité misogyne comme Eric Zemmour vend des centaines de milliers de livre dans notre pays, on se permet d’en douter.

 

Chalotte Lazimi

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