Les « frères Williams » ou la haine des sportives

27 Oct

Vénus et Serena Williams crédit Google Image

L’affaire a fait le tour des médias en quelques jours. Une polémique dont se serait surement passé le CIO, le Comité International Olympique. En effet, l’un de ses membres, Shamil Tarpischev, le président de la Fédération Russe de Tennis, s’est illustré par des déclarations insultantes à l’égard de Venus et de Serena Williams, début octobre, les appelant “les Frères Williams”. Il a depuis été suspendu. Si les deux stars de tennis se sont défendues et ont dénoncé une attaque “sexiste et raciste”, elles ont aussi obtenu le soutien de Maria Sharapova, qui dispute à Serena Williams la tête du classement des meilleurs joueuses du monde.

Si on n’y prend garde, on pourrait penser que ces déclarations sont anecdotiques et étonnantes. Mais c’est beaucoup plus grave et révélateur que cela n’y paraît. En effet, Shamil Tarpishev n’est pas n’importe qui. Il s’agit d’un très haut responsable sportif. Pis, il était dans sa catégorie en Russie le personnage le plus puissant. C’est dire à quel point le monde sportif peut-être machiste et impitoyable pour les sportives de haut niveau.

Bien sûr, cette idée que les sportives qui réussissent sont forcément « masculines », ou ont perdu de leur féminité, n’est pas vraiment originale. Longtemps, on a considéré que les femmes n’étaient pas faites pour pratiquer du sport, Pierre de Coubertin en tête. Ce dernier refusait par exemple qu’elles aient une place aux jeux olympiques. Aujourd’hui, c’est une autre version de cette même idée qui est à l’œuvre. Le sous-entendu est simple: si les championnes réussissent c’est parce qu’elle seraient devenues “des bonhommes”, comme si féminité et sport de haut niveau n’étaient pas compatibles, comme si le sport était un restait exclusivement un “truc de mecs”. On force les sportives à choisir: être jolies ou être des championnes. Des critiques qui rappellent les railleries violentes subies par Amélie Mauresmo dans les années 2000, quand les Guignols de l’info parlaient de “lui” dans toutes les blagues la concernant. Ou encore les attaques contre Marion Bartoli lorsqu’elle remporta Wimbledon en 2013. Souvenez-vous, la presse anglaise ne la trouvait pas assez jolie. La BBC s’est même excusée par la suite.

Cet épisode illustre à nouveau le fait que les sportives sont moins visibles dans les médias et moins bien payées que leurs homologues masculins. Selon une étude du CSA menée fin 2012, le sport féminin n’a représenté que 7% des retransmissions à la télévision cette même année. C’est peu. L’argument brandi ? Le sport pratiqué par des femmes serait moins impressionnant, moins spectaculaire que celui des hommes. Peut-être. Mais cela ne le rend pas moins intéressant ou moins passionnant. Certes, à Roland Garros et dans les autres tournois du Grand Chelem, qui comprend aussi Wimbledon, l’US Open et l’Open d’Australie, les femmes gagnent désormais autant d’argent que les hommes lorsqu’elles remportent le tournoi. C’est le cas  depuis 1973 pour le tournoi américain, 2000 en Australie et 2007 pour les deux autres. Mais cette avancée est fragile, car nombreux sont ceux qui ont essayé de revenir en arrière.

Une bonne nouvelle pourtant. Cette fois, ces remarques ont été dénoncées immédiatement à la fois par les championnes et par le CIO. Une prise de conscience salvatrice, qui donne de l’espoir pour l’avenir.

Charlotte Lazimi

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2 Réponses to “Les « frères Williams » ou la haine des sportives”

  1. bender octobre 28, 2014 à 8:44 #

    Vous venez de me filer une sacrée baffe. Car je me souviens qu’à l’époque je rigolais des blagues des guignols de l’info sur Amélie Mauresmo. Comme quoi personne n’est irréprochable.

  2. elinalex novembre 7, 2014 à 12:15 #

    Et quid de la levée de boucliers lors de la nomination d’une femme, Helena Costa, à la tête de l’entraînement du club de foot Clermontois ? (juste pour une piqûre de rappel : http://www.lematin.ma/express/2014/football–france_helena-costa-renonce-finalement-a-entrainer-le-clermont/204682.html)
    Je me souviens de propos « hallucinants » tenus par les « spécialistes » es foot sur RMC… « Elle n’a pas fait ses preuves… », « Une femme menant des hommes, bah on aura tout vu… » Et personne, je dis bien « personne », ne s’est demandé pourquoi elle avait finalement jeté l’éponge.

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