La victoire des féministes est celle de tout le monde

22 Jan
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Cette semaine, deux événements, la fresque jugée sexiste du CHU de Clermont-Ferrand et la disparition de jeunes femmes dénudées du Sun (pour seulement une journée), ont été accueillis de la part de certains journalistes avec la même remarque : « C’est une victoire des féministes ». Pourquoi la victoire des féministes n’est pas celle de tout le monde ? Décryptage.

Dans un premier temps, l’affiche de la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand a provoqué un tollé. En effet, y était représenté un viol collectif de Wonderwoman, réinterprété, suite à l’ajout de bulles explicites, comme le symbole de la la loi santé de Marisol Touraine, par Flash, Superman et Supergirl. L’autre évènement de la semaine, c’est la disparition, le temps d’une journée, de la page 3 du tabloïd anglais le Sun sur laquelle était chaque jour publiée la photo d’une jeune femme dénudée. Une première. Là, aussi, la décision était censée satisfaire « les féministes ». Une expression maladroite car employer le terme générique « les féministes » ne veut rien dire, tant certaines questions les divisent. Surtout, c’est une représentation binaire et simpliste d’un monde où l’on aurait d’un côté les féministes et de l’autre le reste de l’humanité. Les féministes sont pourtant là pour défendre l’égalité femmes/hommes, une valeur fondamentale de notre société.

Pour ses défenseurs, cette fameuse fresque serait seulement « de l’humour potache ». Idem pour les pin-up, seins nus, en page 3 du Sun. On invoque pour justifier leur présence la même idée de grivoiserie et d’amusement que pour la fresque. C’est pour se divertir, pour s’amuser. Bizarrement, les femmes sont les seules à faire les frais de cet « humour ». Les violences sexuelles restent le grand tabou de nos sociétés. Rappeler que le viol est un crime est nécessaire. Il est intéressant que ce scandale éclate au moment où le Collectif féministe contre le viol dénonce dans un clip le viol ordinaire, commis dans 80% des cas par quelqu’un de son entourage. Et cette fois, certains médecins n’ont pas fait dans la dentelle. Ils ont appelé sur la page Facebook « Les médecins ne sont pas des pigeons » à harceler Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d’Osez le féminisme, en diffusant ses coordonnées. Vient donc le temps de l’intimidation et de l’agressivité? Cela a de quoi nous inquiéter quand on voit la réaction d’une partie du corps médical et la pétition lancée sur change.org pour garder cette fresque au nom de la conservation du patrimoine…

Pourtant, le viol et les viols collectifs et punitifs sont une arme de guerre employée en Syrie, en Irak en ce moment-même. En 2012, l’archevêque de Grenade, Javier Martinez*, a été au cœur d’une polémique. Dans son discours de Noël de 2009, il estimait que le droit à l’avortement: «Cela revient à donner aux hommes le droit absolu, sans limite, d’abuser du corps de la femme ». Le droit à l’IVG serait donc identique au droit de violer ou de tuer une femme. On est ici dans la confusion des genres, en assimilant un crime, le viol, à l’interruption volontaire de grossesse. En France aussi, le processus est toujours le même. La victime est toujours soupçonnée d’être coupable, d’avoir « provoqué » l’agresseur. Quant à ce dernier, il serait presque « un brave type ». L’affaire de Bill Cosby aux États-Unis est un autre exemple probant. Près de 13 femmes ont dénoncé et pour certaines porté plainte pour viol ou agression sexuelle contre l’ex-star du petit écran. Non seulement, celui-ci avait tenté d’étouffer les affaires et a ensuite balayé les accusations d’un revers de main, mais deux femmes ont pris sa défense. Son épouse, bien sûr, qui a assuré qu’il était un « bon mari ». Et son ancienne partenaire à l’écran, qui jouait son épouse dans le Cosby Show. Son argument pour le défendre ? «  A part ça, il est formidable », disait-elle en substance. Devant le sérieux des accusations, cela passe mal. Si Bill Cosby est reconnu coupable de viols, ce ne sera pas non plus cette fois « une victoire des féministes ». Mais bien, une victoire pour la société américaine.

Charlotte Lazimi

* Post modifié le 23 janvier à 19h. Initialement, nous avions repris une accusation d’ appel au viol de Javier Martinez, rapporté par l’Express.be en 2012. Selon le journal, repris par d’autres blogs et sites d’information, l’archevêque de Grenade aurait suggéré qu’une femme ayant eu recours à un avortement méritait d’être violée. Or, ses propos ont été tronqués. Grâce à Florence T, nous avons pu rectifier et rapporter la véracité de ce qui a été dit. Javier Martinez n’a pas appelé à violer les femmes qui ont eu recours à un avortement. En revanche, il a estimé que le droit à l’IVG et le droit de violer ou tuer une femme était comparable.

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8 Réponses to “La victoire des féministes est celle de tout le monde”

  1. Florence T janvier 23, 2015 à 7:43 #

    Je n’avais pas entendu parler de ces propos de Javier Martinez, et, fort choquée par ce que j’apprenais de cette « affaire », je suis allée voir ce qu’il en était. Il m’a fallu deux secondes (disons 10, montre en main) pour constater qu’il s’agit d’un raccourci insidieux, établi par un magasine belge. Une rectification s’impose donc : déjà, les dates sont incorrectes (le sermon date de 2009 mais n’a fait le buzz qu’en 2012) mais surtout, l’archevêque en question n’a jamais proféré de telles paroles, exprimant plutôt l’idée que l’avortement est une violence faite aux femmes et que le banaliser « revient à donner aux hommes le droit absolu, sans limite, d’abuser du corps de la femme, parce que c’est elle qui vit cette tragédie, et qu’elle la vit comme si c’était un droit ». Chacun son opinion sur la question, mais il convient quand même de rétablir la vérité en dénonçant l’escroquerie. Le manque de vérification des sources me semble dommageable pour la crédibilité des propos, pourtant justes et assez essentiels en l’occurrence.

    • Les Martiennes janvier 23, 2015 à 7:53 #

      Bonsoir Florence; Merci pour ces précisions. Nous allons vérifier ces éléments que vous nous apportez et revenir vers vous rapidement.

    • Les Martiennes janvier 23, 2015 à 8:11 #

      Merci Florence pour ces précisions importantes. Il est regrettable que je n’ai pas vérifié la véracité des propos rapportés par le quotidien l’Express.be. Ils étaient effectivement tronqués. J’ai modifié le post en conséquence et rappelé l’erreur en bas de page.

  2. François Philippe janvier 27, 2015 à 7:38 #

    Je suis un peu embêté. Je vous soutiens pour dénoncer cette fresque qui avilie la femme et on peut se poser des questions sur le regard des internes envers les femmes quand ils sont dans l’exercice de leur fonction. Je vous soutiens pour dénoncer le viol collectif de la ministre sous-entendu par les bulles qui sont associées à la fresque et en soi cela suffit pour la condamner. Mais la wonderwooman au sol dans la fresque d’origine semble bien consentante, ne serait-ce que par le plaisir qu’elle donne au superman rouge. Difficile de dire si on a voulu peindre un viol ou une partouze mais je ne pense pas que l’auteur ait voulu peindre un viol, il y a des femmes internes dans cet hôpital, ne l’oublions pas. Il n’en reste pas moins que je vous soutiens dans votre combat contre l’image des femmes dégradée par la pornographie ou d’une manière générale dans la communication et la pub. Bon courage.

  3. anneerrelis février 13, 2015 à 10:08 #

    Les propos de Javier Martinez me rappellent les féministes de la première vague. Au XIX° siècle, elles s’opposaient largement à la contraception, pensant qu’elle permettrait aux hommes de faire des femmes des objets sexuels. Comme pour Javier Martinez, qui pense que l’avortement n’est rien de plus qu’une manière de rendre les femmes plus accessibles aux hommes, voire de les rendre plus vulnérables au viol, c’est une position qui se focalise sur les désirs et les actes des hommes. les femmes ne sont que l’objet des décisions prises par ces derniers. Je pense qu’autant que la criminalisation de l’avortement, les propos de Javier Martinez reflètent une manière de penser les femmes comme des « sous-hommes » encore largement répandue, au moins de manière sous-jacente.

  4. Déa mars 9, 2015 à 12:22 #

    Bonsoir.
    Au sujet de la fresque, j’aimerais mettre fin à une confusion en précisant 2 points:
    1) Il ne s’agit pas d’un viol, qui ne serait pas du tout dans l’esprit carabin, mais bel et bien d’une partouze, car c’est le côté « (très) bon vivant » qui est cultivé et revendiqué sur les murs des internats, sans aucun doute possible sur le consentement des femmes, qui sont toujours représentées en train de prendre du plaisir (ce qui correspond à une certaine réalité, où pas mal de filles n’ont pas besoin qu’on les force pour avoir une vie sexuelle débridée)
    2) Les bulles ne visent pas à assimiler Wonderwoman à la ministre de la santé, mais à l’ensemble des internes et médecins qui sont sur le point de se faire « baiser » si la loi santé est votée (sinon, pourquoi la phrase « tu devrais t’informer, un peu »?)
    Je pense que cette histoire de « viol de la ministre » est un faux débat, parti d’une mauvaise interprétation à la fois de la fresque et des bulles qui ont été ajoutées (polémique très opportune pour la ministre qui avait là une occasion en or de décrédibiliser la profession).
    UNE interne

    • Les Martiennes mars 9, 2015 à 4:45 #

      Merci pour votre commentaire. Mais comment expliquer les bulles violentes; Sans ces bulles, on aurait effectivement pu penser à une partouze, mais le caractère violent des paroles laisse peu de place à l’équivoque. Et pour reprendre votre second argument si les internes sont « en train de se faire baiser » avec une loi qu’ils déplorent. N’est-ce pas là aussi un viol? Derrière cet esprit cabotin, des images, des stéréotypes négatifs sont véhiculés et trouvés normaux par tous hommes et femmes; Et c’est peut-être bien le problème…

      • Déa mars 9, 2015 à 11:08 #

        C’est effectivement la présence des bulles qui détourne cette fresque en viol à l’occasion du débat sur la loi santé, alors que l’auteur a bel et bien voulu représenter une orgie. Il est vrai que l’image est très crue, mais il n’y a pas de violence dans le dessin initial, qui d’ailleurs n’avait pas pour vocation d’être vu du public.
        Je tenais vraiment à préciser qu’une scène de viol ne serait jamais admise sur un mur d’internat (alors qu’une orgie est totalement dans l’esprit), et que ce détournement ne concerne pas la ministre, 2 points qui ont été mal compris par une majorité de personnes si l’on regarde les commentaires sur le sujet sur les réseaux sociaux.
        Ce détournement était destiné à sensibiliser les internes à la mobilisation contre la loi santé. La violence du viol vise à choquer pour faire passer un message, elle n’est donc pas banalisée.

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