70 ans de droit de vote des femmes : on en est encore là

29 Avr

Panorama_de_l'hémicyle_de_l'assemblée_nationale C’était le 29 avril 1945. Cela fait 70 ans, jour pour jour, que les femmes peuvent élire et être élues en France. Presque un an auparavant, le 23 mars 1944, l’Assemblée consultative avait adopté le principe du droit de vote des femmes, pour qu’un mois plus tard, le Général de Gaulle ratifie enfin l’ordonnance. Après une première élection municipale, les Françaises ont voté en octobre 1945 pour leurs députés. A l’Assemblée nationale de l’époque, 5,6 % de femmes sont élues, soit 33 sur 586. Aujourd’hui en politique, on retrouve effectivement plus de femmes, mais  la parité  n’est atteinte ni au Sénat, ni à l’Assemblée nationale,  ou à la tête des villes, des départements et des régions. Le grand changement, c’est pour quand ?

Le bilan en 2015 est amer. Oui, la parité est presque respectée au gouvernement (18 hommes pour 15 femmes) et un ministère des Droits des femmes a survécu à trois ans de pouvoir, mais on est très loin du compte. Le sexisme en politique demeure aussi fort. Des épisodes comme celui de la robe de Cécile Duflot, au cours duquel des sifflements et des remarques désobligeantes dans l’hémicycle avaient accueilli la ministre du Logement, ou encore les caquètements d’un député pour déstabiliser sa collègue Véronique Massonneau ont toujours cours.

Le documentaire Sexisme en politique : un mal dominant, diffusé le 26 avril dernier sur France 5, est à cet égard saisissant. Sa réalisatrice Stéphanie Kaïm a longuement interviewé des femmes de gauche, de droite et d’extrême droite. Elle a démontré une chose: le sexisme en politique est partout. On le retrouve dans les remarques acerbes «  Barbie fait de la politique », « Elle n’est pas intéressante, mais au moins elle est jolie à regarder », dans le choix de l’horaire et du jour des réunions importantes, et à travers les attaques permanentes à l’encontre des femmes, jugées trop ou pas assez féminines.

Autre initiative du même genre, celle de la député européenne Karima Delli. Dans son Tumblr « Et sinon je fais de la politique » , créé en mars 2014, elle avait, elle aussi, décidé de montrer à quelles remarques sexistes les femmes politiques étaient confrontées. Chacune de ses collègues prenait la pose sur deux photos. Sur la première, l’élue était le visage fermé avec une pancarte sur laquelle on pouvait lire une remarque sexiste qu’elle avait entendue. Sur la deuxième photo, elle souriait et portait une pancarte sur laquelle était écrit son poste. Une façon habile de souligner le décalage entre les responsabilités et les attaques dont les femmes politiques font l’objet. Encore aujourd’hui, un soupçon pèse sur les femmes de pouvoir : celui de la promotion canapé. Jeunes ou plus expérimentées, les femmes politiques sont la cible de rumeurs détestables. Roselyne Bachelot le confirme dans le documentaire de Stéphanie Kaïm . « Lorsqu’on rencontre une femme en politique, on se demande toujours si elle a couché pour y arriver, et avec qui de préférence », rappelle-t-elle. Une chose cependant a changé. Ces attitudes sont dénoncées et suscitent l’indignation de la classe politique et des électrices et des électeurs. Un signe encourageant.

Pourtant, difficile de se satisfaire de ce résultat. Dans une tribune intitulée « Les femmes en politique: une évidence, vraiment? », la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes Marisol Touraine s’interroge sur les progrès effectués. Aujourd’hui, seules 27% de femmes occupent les bancs de l’Assemblée nationale et 16% dirigent une ville. Ce n’est rien. Pas étonnant lorsqu’on sait que des partis politiques préfèrent payer des millions d’euros d’amende plutôt que de choisir des femmes pour être leurs candidates. Pis, ils en ont conscience et l’assument. Rappelons qu’en sept décennies, une seule femme a été nommée Première ministre pour la durée éclair de six mois. A l’époque, Edith Cresson avait aussi été la cible de dizaines de commentaires sexistes. Seule une autre femme, Ségolène Royal, a réussi à se hisser au second tour de la Présidentielle, sans réussir à briser « l’ultime plafond de verre ». C’est dérisoire. Certes en 2015, une femme, Anne Hidalgo est à la tête de la Ville de Paris et d’autres ont des ministères régaliens, mais cela reste anecdotique. Les changements des pratiques du pouvoir et des mentalités sont très lents. Espérons que pour que les femmes partagent vraiment le pouvoir politique avec les hommes, nous n’ayons pas à attendre 70 autres années.

Charlotte Lazimi

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