Joue-la comme les Bleues

10 Juin
Crédit Image : JOSE MANUEL RIBEIRO / AFP Crédit Média : Sylvain Charley

Crédit Image : JOSE MANUEL RIBEIRO / AFP
Crédit Média : Sylvain Charley

En 2002, Joue-la comme Beckham, une comédie sympathique sur le foot féminin, sortait dans les salles obscures. A l’époque, c’est l’une des premières apparitions de l’actrice anglaise, mondialement connue depuis, Keira Knightley, ou de Jonathan Rhys-Meyers. Dans le film, l’héroïne, Jess, une jeune Anglaise, issue d’une famille indienne conservatrice, ne pense qu’à une chose: suivre l’exemple de son idole, David Beckham, et devenir joueuse professionnelle de football. Une carrière au départ impensable pour sa famille, qui ne pense qu’à la marier. Cette comédie, à la surprise générale, a remporté un vrai carton au box office, avec 76 millions de dollars engrangés dans le monde. Devant l’intérêt des spectateurs, qui aurait parié que, plus de dix ans plus tard, on en serait encore là en matière de football féminin ?

En 2015, le bilan est mitigé, avec heureusement quelques notables avancées. En effet, les joueuses de football sont plus présentes que jamais dans les médias. En 15 ans, le niveau du foot féminin français s’est aussi considérablement amélioré. Pourquoi ? Car les clubs ont investi dans leurs équipes féminines : de Jean-Michel Aulas à Louis Nicollin, à Paris et à Lyon, sans oublier le PSG. Et les résultats ne se sont pas fait attendre, avec les prestigieux titres de Championnes de France ou de la ligue des Champions. Un palmarès, à faire rougir quelques équipes masculines. Mais c’est loin d’être satisfaisant.

Comme la plupart des sports féminins, le football féminin reste sous-médiatisé par rapport à ses homologues masculins. Rappelons que, selon une étude du CSA publiée fin 2012, seules 148 heures de sport féminin ont été diffusées au cours du dernier trimestre de 2011. En bref, cela représentait à peine 7% du volume de retransmissions sportives. Dérisoire. En juin 2015, première bonne nouvelle: le match a été retransmis sur W9, à 19h. Et, pour ce premier match de l’équipe de France, remporté brillamment par les Françaises, ce fut également un succès d’audience, avec 1,5 million de téléspectateurs, un pic à 2,5 millions en fin de rencontre, soit 7,3% de part d’audience. Cependant, c’était visiblement insuffisant pour être en une de l’Equipe… Une décision éditoriale pour le moins contestable, car pour 2 pages consacrées au Mondial 2015 au Canada, 17 s’intéressent, en revanche, au football masculin, dont le prochain mondial a lieu en 2018. Deux poids, deux mesures donc. Mais le quotidien est loin d’être le seul à «mal» s’y intéresser. D’autres médias semblent toujours à la ramasse, comme le dénonçait, avec humour, Sophia Aram, dans son billet du lundi matin sur France Inter : « Quand c’est féminin, c’est toute la presse qui préfère se réfugier dans une grotte, plutôt que de traiter le sujet », déclarait-elle. La chroniqueuse soulignait la vision sexiste de sites, comme celui de Metronews, et de son article sur le « must des joueuses de la discipline», avec une sélection des plus belles joueuses…

Comme le remarquait dans une chronique, Audrey Keysers, co-auteure avec Maguy Nestoret Ontanon de Football féminin. La femme est l’avenir du foot, le sexisme, notamment dans le football, est monnaie courante. Les anecdotes juteuses sont nombreuses, comme lorsque Laurent Blanc répondait, narquois, à une journaliste suédoise qui l’interrogeait sur sa stratégie: «Une femme qui parle de tactique, c’est beau. Je trouve ça fantastique. Vous savez ce que c’est en plus, le 4-3-3?», ou alors, lorsque Zlatan Ibrahimovic s’était  également moqué du football féminin, sans oublier Bernard Lacombe, qui conseillait à une auditrice de retourner à ses casseroles. La grande classe. Nous n’avons pas non plus oublié l’épisode Helena Costa, première femme à entraîner un club masculin de deuxième division. Souvenez-vous, sa nomination avait fait couler beaucoup d’encre. Surtout, son départ précipité avait été le prétexte, pour le directeur du club, à quelques déclarations, bien misogynes. La présence d’équipes féminines dans le jeu FIFA 16, annoncée fin mai, a aussi déchaîné les passions sur les réseaux sociaux. Certains se sont émus de cette décision avec un flot de commentaires sexistes… Treize ans après Joue-la comme Beckham, le travail promet d’être long. Espérons que la prochaine Coupe du monde féminine de football sera diffusée à 20h sur une grande chaîne et ne fera plus polémique, juste les gros titres qu’elle mérite. Ce n’est pas gagné…

Charlotte Lazimi

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