« Meurtres au paradis », la série des femmes potiches et des clichés ?

11 Août

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C’est le succès télé de France 2 chaque été depuis 2013. Au Royaume-Uni, la série de la BBC Meurtres au Paradis fait aussi un carton. La quatrième saison y a notamment réuni jusqu’à 8, 5 millions de téléspectateurs. Le pitch est simple. Sur la belle île des Caraïbes de Sainte-Marie (île fictive), la police locale déjoue des meurtres énigmatiques, à la façon d’Hercule Poirot. Le héros, tour à tour joué par Ben Miller et Kris Marshall est un inspecteur anglais, muté loin de Londres. Le premier est associable, coincé et déteste la chaleur, quand le second est farfelu et complètement à l’ouest. Pour les accompagner, deux héroïnes, Sara Martins et depuis quelques semaines Joséphine Jobert l’a remplacée. Les deux sont très jolies et mènent l’enquête aux côtés de l’inspecteur. Mais ne servent pourtant pas à grand chose.

Le souci, comme le résumait très bien le quotidien anglais  The Guardian, leur présence et leur jeu se résument à un coup d’œil blasé à l’inspecteur anglais, qui signifie: « Vous êtes un idiot » en réponse à ses excentricités. Ce qui est gênant, ce n’est pas que tous les épisodes se ressemblent: de la découverte des indices, à l’instant Eurêka où l’inspecteur trouve le meurtrier, et à la réunion finale dans un même lieu de tous les suspects. Ce qui est problématique, c’est ce personnage féminin « inexistant ».

Pourtant, à première vue, il y avait de quoi se réjouir de la présence d’un couple en tête d’affiche, un homme, une femme, soit une parité intéressante comme on l’a déjà vu dans d’autres séries policières, aux antipodes de celle-ci comme X-Files, Bones etc. Mais d’habitude, les deux personnages se complètent ou s’opposent. C’est grâce à leur interaction que l’énigme est découverte, l’un sauve l’autre. Ici, rien de tout ça. Camille et Florence, les deux personnages ne sont d’aucune utilité, sauf peut-être pour humaniser un génie coincé ou farfelu, un genre de Colombo anglais nouvelle génération. Elles ne résolvent AUCUNE énigme, jamais. Au contraire, elles semblent toujours avoir envie « de quitter le bureau », de parler d’autre chose que du travail. En revanche, l’inspecteur est obsédé par les enquêtes. C’est sa détermination qui lui permet de trouver la solution. Au mieux, les deux héroïnes troublent le héros par leur beauté et leur charme. Ce dernier Kris Marshall tombe d’ailleurs amoureux des deux femmes. Et la série se nourrit de leur relation platonique. Lorsque l’inspecteur porte un costume et ces dernières saisons une tenue plus été, les jeunes femmes sont en short, jupe, ou mini short pour Joséphine Jobert. Elles restent belles et sexy en toutes circonstances.

En 2015, n’est-ce pas regrettable qu’une femme policière ne soit résumée qu’à un rôle de potiche ? Dans les interviews de l’actrice Sara Martins, on parle de « l’atout charme de la série » de « la belle plante », car c’est peut-être la seule chose que l’on retient. Elle représente l’élégance française dans cette série  très « british ». Mais c’est loin d’être suffisant. On remarquera toutefois que les assassins sont parfois des femmes. Pourquoi c’est une bonne nouvelle ? Car les femmes ne sont pas représentées comme des êtres doux et inoffensifs, mais elles sont aussi complexes que les homologues masculins.

La série a également été critiquée pour les stéréotypes qu’elle véhicule sur les « îles ». En effet dans le pilote, Ben Miller est envoyé pour résoudre un crime que la police locale serait incapable de résoudre seule… On se demande bien pourquoi. Certains ont même évoqué une forme de « néocolonialisme ». Autre cliché: on suggère par exemple la lenteur des personnages, qui serait propre au rythme des îles. Impossible de passer à côté du fait que l’inspecteur, en plus de n’avoir  pas besoin de vrai partenaire, est le seul Blanc de l’équipe et le seul capable de démasquer les meurtriers… Bref, les stéréotypes ont la vie dure….

Charlotte Lazimi

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2 Réponses to “« Meurtres au paradis », la série des femmes potiches et des clichés ?”

  1. Choubaka août 11, 2015 à 5:38 #

    Sinon il y a « The Killing », enfin une héroïne pas comme les autres.

  2. Dave R bio août 12, 2015 à 9:54 #

    Le problème de « Meurtres au paradis » lié à la relative vacuité du rôle de Sara Martins est lié au concept de la série avec un duo du type « Sherlock Holmes et Docteur Watson » . Les détectives anglais sont bien sûr des Sherlock Holmes, et leur comportement atypique les place dans la lignée du héros de Conan Doyle. Camille, elle, joue le rôle du Docteur Watson, personnage moins excentrique, mais inévitablement faire valoir du brillant détective. Le fait qu’elle soit une femme, et belle en plus, peut amener à l’accusation de sexisme, mais il est à noter que les autres personnages de policiers, masculins souvent, eux aussi sont réduits à ce rôle de faire valoir.
    Le probléme de l’inégalité des deux personnages est moins un sexisme délibéré, mais l’inévitable désequilibre dans un couple de type « Shelock Holmes et Docteur Watson ».

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