Le réveil féministe d’Hollywood ?

29 Oct

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Los Angeles et les collines d’Hollywood ne sont pas connues pour être des havres de l’égalité homme/femme. Les réalisatrices sont ultra-minoritaires -autour de 3% dans la profession- les actrices de plus de 38 ans sont ostracisées, et les inégalités salariales explosent. Au point qu’on se demande si la télévision n’offrirait pas plus d’opportunités aux femmes. Cela dit, ces dernières semaines, un phénomène inédit et réconfortant a fait son apparition. Des acteurs ont pris position sur des questions éminemment féministes. Cela suffira-t-il ? 

D’abord, George Clooney a eu une idée lumineuse. Il a accepté la suggestion de Sandra Bullock, sa partenaire dans Gravity,  de transformer un rôle masculin en rôle féminin. Le scénario écrit pour un homme a été adapté pour l’oscarisée. La solution est aussi simple qu’évidente. Pourquoi personne n’y a pensé avant lui ? Bonne question. Car les héros sont trop souvent écrits par des hommes pour des hommes. Conséquences:  tous les personnages sont stéréotypés et les femmes sont au second plan. La réussite au box office de films menés par des casting féminins, comme les séries Divergente et The Hunger Games, Bridesmaids ou Spy aurait pu bouleverser la donne. On en est loin.

La situation est encore précaire pour les femmes. Le nouveau film de Matt Damon, avec Jessica Chastain et Kate Mara Seul sur Mars représente à lui seul les avancées et les défis d’Hollywood en matière d’égalité. Pour une fois, le capitaine d’une mission sur Mars est une femme. C’est suffisamment rare pour être remarqué. Ensuite, les actrices incarnent de brillantes scientifiques. Une ombre au tableau: elles sont toutes jeunes, très jolies et blanches, (à l’exception de l’adjointe du centre spatiale chinois, bien sûr très belle). Faut-il rappeler le discours de Viola Davis aux Emmy Awards, qui soulignait à quel point les rôles pour les actrices noires sont rares. Autre problème ? Les femmes sont encore minoritaires sur tout le casting, sans oublier que leurs personnages restent secondaires.

D’ailleurs, Jessica Chastain est montée au créneau pour dénoncer les inégalités salariales abyssales sur ce film. Mais l’actrice n’est pas seule à le dénoncer. Jennifer Lawrence a, de son côté, lancé un coup de gueule dans une tribune sur le site Lenny Letter.  Les raisons de son courroux ? La star a réalisé qu’elle avait été moins bien payée que ses partenaires masculins pour le film American Bluff. D’habitude, les acteurs sont indifférents au sort de leurs collègues féminins. Cette fois, coup de théâtre: Bradley Cooper est sorti de sa réserve. Sur la chaîne américaine E, il a notamment déclaré: « Il y a un double standard partout le monde, évidemment. Ce n’est qu’un aspect. A chaque fois qu’une voix peut se faire entendre, et être écoutée – quelque chose comme Sienna [Miller] a fait ou Jennifer – c’est super. Je pense que ça fait une différence ». Cette prise de position mérite d’être saluée parce qu’elle est loin de faire l’unanimité.

Jeremy Renner en a fait la preuve. S’il a  également partagé l’affiche avec Bradley Cooper et Jennifer Lawrence, il n’apporte aucun crédit au sujet. Il estime, par exemple, que les différences de salaire hommes/femmes, si elles sont à son avantage, ne le concernent pas. Mais comment lutter contre cette injustice si personne ne s’en préoccupe ? Ce n’est si étonnant pour Jeremy Renner. Lors de la promotion d’Avengers, il avait déjà suscité la polémique, traitant la veuve noire, incarnée par Scarlett Johannson de « traînée ». Il lui reprochait d’avoir une attitude ambiguë avec deux héros de la saga.

Enfin, Daniel Craig a pris, cette semaine, la défense de Monica Bellucci attaquée sur son âge, soit-disant avancé. L’Italienne vient d’avoir 50 ans. Pour Hollywood, elle fait presque figure de dinosaure. Et c’est bien le problème. L’acteur de 47 ans a donc rectifié une question « sur le charme d’une femme âgée » déclarant : « Au nom du ciel, on parle là de Monica Bellucci. Tu peux vraiment t’estimer heureux quand quelqu’un comme elle accepte de jouer une James Bond girl. »

Que Clooney, Cooper et Craig se rassurent, ils ne sont pas seuls. Des acteurs comme Mark Ruffalo, Joseph Gordon-Levitt ou les réalisateurs Paul Feig et Joss Whedon assument aussi leur féminisme. C’est d’autant plus remarquable que Meryl Streep n’assume toujours pas le mot, sans oublier la plupart des actrices françaises qui n’en comprennent  pas le sens. Pour les prochains Oscars, ces dames seront peut-être enfin à l’honneur. Rappelons qu’en 2015, la réalisatrice de Selma avait injustement été boudée par la sélection. Aucune femme n’avait été nommée.

Charlotte Lazimi

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Une Réponse to “Le réveil féministe d’Hollywood ?”

  1. Dominique novembre 13, 2015 à 7:11 #

    ne trouvez-vous choquante pas cette chronique parue sur Libé ? : http://www.liberation.fr/chroniques/2015/11/13/du-fric-et-du-feminisme_1410682

    d’une incroyable bêtise

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