Pourquoi le Festival de la BD d’Angoulême est à côté de la plaque

8 Jan
Flick crédits: cc

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Mardi, la direction du Festival de la BD d’Angoulême a révélé la liste de ses 30 auteurs nommés pour son Grand Prix. Seul hic? Aucune femme n’y figurait. Une anomalie immédiatement dénoncée par un collectif de créatrices de bande dessinée contre le sexisme, qui regroupe près de 100 auteures. Dans la foulée Riad Sattouf, Joann Sfar et d’autres, décident de ne pas concourir pour ce prix. Ils se retirent tant que la sélection ne sera pas « plus paritaire». Pour répondre à la polémique, le Festival se fend alors d’un premier communiqué. Il annonce qu’il intégrera des auteures. Puis, retournement de situation: le lendemain, dans un second texte, il décide de supprimer de manière pure et simple la liste des « sélectionnés ». Doit-on se réjouir de ces choix? S’agit-il d’une prise de conscience ou d’un mea culpa? Ni l’un, ni l’autre. L’argumentaire de la direction pour justifier son choix initial de ne sélectionner aucune femme illustre un problème du monde de la culture aujourd’hui


D’abord, le premier communiqué diffusé mercredi sur son site s’intitule : « Le Festival d’Angoulême aime les femmes  mais ne peut pas refaire l’histoire (de la bande dessinée) ». Ce titre est à lui seul déjà problématique. Il ne dit pas :« Le Festival d’Angoulême aime «les auteures ». À la place, il préfère évoquer son amour pour « les femmes ». Les créatrices et dessinatrices de BD sont donc ramenées à leur sexe. Finalement, leur travail importe peu.  Autre souci, l’utilisation du verbe « aimer », plutôt que « respecter » ou « admirer » le travail des créatrices. Par ce titre, on annonce la couleur. La direction du Festival voit d’abord des femmes, avant de distinguer des auteures prolifiques et brillantes.
Ensuite, le texte se lance dans une longue justification d’une première liste de selectionnés exclusivement masculine. Si aucune femme n’est nominée, c’est parce qu’il n’y aurait pas d’auteures suffisamment expérimentées et brillantes pour y figurer. On en doute bien sûr, quand il ne faut que quelques minutes à Riad Sattouf pour en trouver. Celui-ci a rendu notamment hommage au travail de Catherine Meurisse. 

Le Festival refuse de regarder vers l’avenir, de chercher les talents. Il a même le toupet de se féliciter de mettre en valeur 25% des femmes dans ces autres prix…. Est-ce vraiment un effort surhumain? Surtout, il se targue d’avoir fait connaître Marjane Satrapi et Julie Maroh, qui lui devraient beaucoup. Là, aussi la remarque peut sembler déplacée.

Pour conclure, le texte rappelle que lorsque des femmes ont été nommées pour le Grand Prix, elles ont obtenu très peu de voix. Peut-être qu’il faudrait alors s’interroger, non pas sur la pertinence de ses auteures, mais sur l’électorat, qui aurait donc tendance à peu choisir des femmes. Est-ce une raison pour ne pas leur donner une chance? Surtout, le Festival annonce après toute cette argumentation qu’il intégrera quand même des femmes. On a du mal à suivre leur raisonnement  Puis décide tout de go de supprimer cette liste. Pourquoi ce volte-face? Mystère.

La maladresse du Festival ne s’arrête pas là, comme le relèvent les Nouvelles News. Pendant quelques heures, le festival a affiché une nouvelle liste de sélectionnés, aux 30 auteurs, s’ajoutaient 6 auteures, avant de rétropédaler et de supprimer cette liste. Interrogée par le site Chantal Montellier, sélectionnée pour quelques heures seulement, s’agace : « Je trouve que ce n’est pas être à l’honneur que d’être sélectionnée de cette manière-là. Les femmes, ce n’est pas comme les huîtres, on n’en prend pas 6 ou 12 comme ça, un peu au hasard. Ils rajoutent du machisme au machisme, de la grossièreté à la grossièreté. Ils sont irrécupérables. »

Ultime revers de la médaille ? Le Collectif des créatrices de la bande dessinée contre le sexisme a été complétement invisibilisé. La prise de position de Riad Sattouf a fait la une de l’actualité. Les médias se sont intéressés à son boycott, et finalement peu au Collectif à l’initiative du tollé, rappelle  Les Nouvelles News reprises Acrimed. Certains médias ont complètement occulté son rôle. Tout un symbole. « Un auteur vaut plus que 100 auteurs » titrait le site. Une question ? Pourquoi les femme sont-elles moins écoutées que les hommes ? Pour Alice Coffin, membre du collectif féministe La barbe, cette attitude est significative. À de nombreuses reprises, l’association féministe a dénoncé l’entre-soi masculin dans des évènements culturels comme celui de Cannes. Sans prise en compte sérieuse. Et là, miracle: cette parole portée par un homme est écoutée et comprise. L’égalité et la fin des préjugés ne sera visiblement pas pour 2016, dans les médias ou dans le monde de la BD. Dommage.

Charlotte Lazimi

Une Réponse to “Pourquoi le Festival de la BD d’Angoulême est à côté de la plaque”

  1. RuleSpider janvier 11, 2016 à 2:11 #

    Le communiqué en fait une question DE GENRE (merci de vous rappeller que genre et sexe sont deux choses différentes) parce que les collectifs qui ont gueuler ont été les PREMIERS a en faire une question de genre. Vous ne voulez pas que cela se produise commencez donc par balayer devant votre porte ….

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