Les Martiennes fêtent leurs 5 ans: ce qui a changé depuis l’affaire DSK (Part 1)

25 Avr

Ce mois-ci, Les Martiennes fêtent leurs cinq ans! Lorsque nous avons créé ce blog en 2011, il s’agissait de prendre la parole sur l’égalité femmes/hommes, en dénonçant notamment de nombreux préjugés ou stéréotypes sexistes. 214 posts plus tard, quelle conclusion porter sur ces années ? A-t-on progressé ? A-t-on régressé ? Comme souvent, le bilan est en demi-teinte. Nous vous proposons une série de plusieurs épisodes pour faire le point. Cette semaine, politique et médias sont passés au crible.

Lorsque l’aventure des Martiennes s’est lancée, l’affaire DSK, accusé de viol par Nafissatou Diallo, a éclaté. Ce scandale, suivi plus tard de celui du Carlton, a libéré la parole. Pour la première fois, femmes politiques, journalistes, attachées parlementaires ont révélé au grand public le sexisme décomplexé, délibéré (et parfois violent et criminel) de certains hommes politiques. Entre les démissions du ministre Georges Tron en 2011, accusé de viols et de harcèlement sexuel ou d’Eric Raoult accusé également de harcèlement sexuel en 2014, des femmes ont eu la force de parler.

Depuis, le sexisme en politique ne s’est pas éteint. Au contraire. Quelques comportements ont été dénoncés et critiqués, comme les sifflements à l’Assemblée nationale de Cécile Duflot pour « le port d’une robe fleurie », ou les caquètements moqueurs à l’égard de la députée Véronique Massonneau de son collègue Philippe Le Ray en décembre 2013.  Cependant, nous sommes encore loin du compte… Qu’un ministre tel que Michel Sapin,  rapporte le livre L’Élysée Off de Stéphanie Marteau et Aziz Zemouri, ait visiblement l’habitude de tirer l’élastique des culottes des journalistes sans voir où est le problème, interroge… Au plus haut niveau de l’État, le sexisme n’est pas éradiqué. Est-ce dû à la présence moins forte de femmes ? Pas sûr. Le comportement sexiste s’il est critiqué demeure encore aujourd’hui toléré.

Tumblr "Et sinon je fais de la politique", ici Barbara Pompili

Tumblr « Et sinon je fais de la politique », ici Barbara Pompili

Depuis cinq ans, le gouvernement est (à peu près) paritaire. Mais aucune femme n’a été nommée Première ministre depuis Edith Cresson il y a 25 ans. Avec le dernier remaniement de février 2016, tous les ministères régaliens ont été attribués à… des hommes. Et le ministère des Droits des femmes est devenu un élément du ministère de la Famille et de l’Enfance, une union pour le moins malheureuse.

Si de nombreuses personnalités politiques n’ont plus peur de se déclarer féministes, cela n’empêche pas quelques-unes, à l’extrême-droite et parfois à droite, d’avoir des politiques en défaveur de l’égalité. D’abord, il y a bien sûr Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen. La première parle d' »IVG de confort ». La seconde souhaite supprimer les subventions des plannings familiaux. On peut aussi citer Valérie Pécresse. La présidente de la région Ile-de-France répète à tout-va qu’elle est féministe, mais elle a accordé une partie de sa réserve parlementaire à l’association masculiniste SOS Papa. Ce n’est pas tout. Elle a supprimé début 2016 30%  du budget du centre francilien de ressources pour l’égalité femmes-hommes,  un lieu unique en France, le Centre Hubertine-Auclert.

Dans les médias, les sorties sexistes sont légions, que ce soit dans la presse, à la radio ou à la télévision. Dans l’émission On n’est pas couché, le chroniqueur Yann Moix préfère questionner les actrices sur leur « vie sexuelle », « leur envie de bébé » ou « la garde de leurs enfants »  plutôt que sur leurs films… Mélanie Thierry en a fait les frais, sidérée par ces questions « affligeantes ».

L’arrivée de Delphine Ernotte, première femme à prendre les rênes de France Télévisions, a donné beaucoup d’espoirs, quant au renouvellement des têtes, avec peut-être plus femmes à des postes clés. Pour l’instant, les attentes d’une télévision plus jeune, plus diverse, plus mixte sont déçues. La nomination de Michel Field, pas connu pour être un grand féministe à la direction de l’information pose question. Un exemple éloquent: Léa Salamé a fait partie des journalistes interviewant récemment François Hollande. Elle aurait été choisie, par Michel Field, non pas pour ses compétences, mais parce qu’elle était jugée « sexy ». En 2016, c’est très regrettable. Par ailleurs, si d’autres personnalités emblématiques du service public comme Julien Lepers ont été remerciées… ce n’est pas pour mettre une femme à la place ou même un(e) jeune… Dommage!

Heureusement de belles initiatives apparues pointent du doigt la mauvaise et faible représentation des femmes dans les médias, comme le collectif Prenons la Une, ou Les Glorieuses qui sensibilisent notamment sur ces questions. En cinq ans, dans les deux domaines, il semble, malgré tout, que l’évolution se fasse dans le bon sens, vers plus d’équité, moins de sexisme, une meilleure représentation des femmes. Cela dit, les efforts sont à maintenir, nous ne sommes malheureusement pas à l’abri d’un grand bond en arrière.

Charlotte Lazimi

 

 

2 Réponses to “Les Martiennes fêtent leurs 5 ans: ce qui a changé depuis l’affaire DSK (Part 1)”

  1. Eric MIGNON avril 26, 2016 à 6:28 #

    Intéressant mais quid des victimes? Je suis l’ex mari d’une des victimes de Georges tron. Personne , que ce soit les médias ou la justice ne s’y intéresse. Personne ne s’est inquiété des ravages et des désastres que cela a fait et des conséquences sur la vie de l’entourage de ces personnes. Il serait temps de s’y pencher pour enfin qu’elles aient gain de cause dans leurs combats. …..

  2. Peter Bu mai 4, 2016 à 6:37 #

    Vous avez raison de vous battre contre le sexisme, mais j’ai lu que plus que de la réalité l’histoire de l’élastique tiré par Michel Sapin relève du fantasme de(s) journalistes.

    Par ailleurs, il ne faudrait pas confondre le sexisme et la sexualité.

    Merci de voir à ce sujet: https://tingytanana.com/2016/04/27/ce-serait-mieux-si-vous-naviez-rien-en-dessous-dixit-un-ministre/

    « Ah mais vous faites le tapin, vous attendez le client »  » témoigne du mépris de trop de mâles politiques, envers les femmes en général.  »

    Je ne dirais pas la même chose du « conseiller ministériel qui demande, au retour des vacances, si nous sommes ‘bronzées vraiment partout’ « .

    Dans son cas, il ne s’agit probablement pas du mépris mais du désir. Certes, du désir d’animal – nous le sommes tous, hommes comme femmes – exprimé dans un contexte inapproprié et sans élégance. Pour une belle femme entendre à la longueur de journée ce genre de propos de la part des hommes qui ne l’attirent pas doit être agaçant. Cela peut aussi être ressenti comme humiliant quand on s’attend à être reconnue pour d’autres qualités que celles de « femelle ». Mais pour un mâle désirer une femelle n’a rien de méprisant. Bien au contraire, il s’imagine qu’elle partage ce désir et l’admet comme normal.

    Le conseiller en question ne serait sans doute pas vexé si on lui disait qu’il se comportait comme un mâle. En général les hommes assument cette part d’eux mêmes (un peu) mieux que les femmes. Question d’éducation contre nature de ces dernières (infligée par le système patriarcal, ce la va sans dire mais encore mieux en le disant).

    Pardon de pérorer mais je trouve que ce genre de témoignages traite les hommes avec mépris…

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