Les Martiennes ont 5 ans: ce qui a changé à Cannes, aux Oscars… depuis « La leçon de piano » (Part 2)

18 Mai
crédits: Festival de Cannes

crédits: Festival de Cannes

Ce mois-ci, Les Martiennes fêtent leurs cinq ans! Lorsque nous avons créé ce blog en 2011, il s’agissait de prendre la parole sur l’égalité femmes/hommes, en dénonçant notamment de nombreux préjugés ou stéréotypes sexistes. 214 posts plus tard, quelle conclusion porter sur ces années ? A-t-on progressé ? A-t-on régressé ? Comme souvent, le bilan est en demi-teinte. Nous vous proposons une série de plusieurs épisodes pour faire le point. Cette semaine, la culture est passée au crible.

On ne peut pas dire qu’on ne savait pas. La culture est essentiellement masculine et entend rester ainsi. En 2011, lorsque nous avons ouvert le blog, l’un de nos premiers posts sur le sujet concernait le Festival de Cannes et la faible présence de femmes comme présidente du jury, jurée, et bien sûr lauréate de la palme depuis sa création. (Seule Jane Campion l’a obtenue pour son oeuvre La leçon de piano). Il y avait bien sûr des femmes, mais plutôt dans le rôle figuratif de  « maîtresse de cérémonie », chargée d’accueillir les lauréats et non de décider qui sera récompensé ou de recevoir le précieux sésame.

Près de 30 posts publiés plus tard, le constat semble répétitif. Les femmes sont toujours peu ou pas sélectionnées aux Césars, aux Oscars, à Cannes, ou plus généralement à Hollywood. Et ces « vénérables » institutions ne voient pas où est le problème. Depuis le rapport de Reine Prat en 2004, le constat dans la culture est effrayant, entre 75% et 95% des postes de directeurs de théâtre, de metteurs en scène, de chorégraphes, de chefs d’orchestre sont occupés par… des hommes. Lorsqu’une femme dirige un théâtre, elle n’obtient en moyenne que la moitié des subventions d’un théâtre dirigé par un directeur. Pour simplifier, plus il y a de pouvoir et d’argent, moins on retrouve de femmes. Heureusement, grâce notamment à la Barbe en France et à des acteurs, actrices, réalisateurs et réalisatrices féministes, d’autres initiatives ont mis en lumière cet état de faits. Cette année le jury est, comme souvent, dirigé par un homme. La parité cependant est presque établie. Sur neuf hommes, on compte quatre femmes. Un progrès, car c’est la tendance depuis quelques festivals.

L’absence de diversité dans ce type d’évènements a atteint son apogée aux Oscars début 2016 avec l’absence d’Afro-Américains nominés pour le jeu ou la réalisation. Tout un symbole. Cette polémique menée par Jada Pinkett Smith a suscité une vraie remise en question de l’institution, qui a décidé de revoir son collège de vote. Jusqu’ici composé de près de 90% d’hommes âgés et blancs, le nouveau collège devrait être plus divers dans tous les sens du terme. Le cinéma américain a démenti nombre de préjugés sur les films « dits féminins » ou portés par des femmes. L’argument utilisé pendant longtemps était simple: une femme en tête d’affiche ne rassemblait pas le public. Paul Feig avec Bridesmaids, Spy pour ne citer que ces comédies a prouvé le contraire, idem pour Sandra Bullock avec Gravity. Idem à la télévision, les héroïnes sont nombreuses. La créatrice de Grey’s Anatomy Shonda Rhimes a fait de chaque tvshow une série diverse et féministe, sans que le succès ne s’en détourne. Une nuance et de taille, la différence de rémunérations qui passe souvent du simple ou double s’il s’agit d’un acteur plutôt que d’une actrice.

Aujourd’hui en France notamment, les associations féministes ont été très actives pour dénoncer des absurdités. Gilles Lellouche, qu’on ne soupçonnait pas d’une once de féminisme s’est félicité qu’aux césars  cette année presque autant de femmes soient nominées pour un césar de « meilleur réalisateur » (soit dit en passant, pourquoi ce césar ne s’intitule pas « meilleure réalisation?). Dans un article de Télérama, il a aussi regretté le sort de nombreuses actrices, « passées très rapidement de mode » ou contraintes avant une scène de sexe de se mettre nue devant le réalisateur. Une anecdote glaçante, qui résume la violence du milieu lorsqu’on est une femme.

Si des progrès restent à faire, nous sommes sur la bonne voie. L’épisode du Festival d’Angoulême en est aucune femme n’avait en effet été nominée pour le Grand Prix. Un collectif de 100 autrices a dénoncé la situation, bientôt soutenu par d’autres auteurs. Une polémique qui avait finalement abouti à la suppression de ces nominations. Parmi les trois finalistes, une femme. Un combat salvateur. A lui seul, il montre que le thème interpelle et pousse à l’action.

Le tacle de Laurent Lafitte à Cannes ce mois-ci, qui s’est depuis rétracté, concernant les accusations de viol de Woody Allen par sa fille depuis plus de vingt ans, est un progrès sensible. Susan Sarandon, elle-même a pris position sur le sujet, accréditant cette thèse. La parole se libère pour en finir avec l’impunité.  Espérons que cette controverse pousse à une véritable introspection. Souhaitons enfin que des réalisatrices seront primées, notamment pour la Palme d’or à Cannes le 22 mai.

Charlotte Lazimi

A lire aussi >> Ce qui a changé depuis DSK #5 ans 

 

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