Viol: C’est toujours la faute des victimes

23 Juil
Martha Dalelv, crédits: Page Facebook "Release Martha Deborah Dalelv"

Marte Dalelv, crédits: Page Facebook « Release Martha Deborah Dalelv »

Peut-on porter plainte pour viol et être emprisonnée pour « comportement indécent « (une relation sexuelle hors mariage), parjure et consommation d’alcool » ? Si la question aurait paru absurde il y a quelques jours, les faits nous ont prouvé le contraire. C’est l »histoire douloureuse d’une Norvégienne de 24 ans, Marte Dalelv. Aujourd’hui « graciée » et autorisée à rester dans l’émirat ou revenir dans son pays, la jeune femme a fait l’expérience d’une injustice, qui a mobilisé le monde entier. Si les autorités de Dubaï, sous la pression diplomatique, sont revenues sur leur jugement, il n’a jamais été question du violeur. Et Dubaï n’est pas un cas isolé.

Ces dernières semaines au Canada, une étrange campagne de pub a circulé. Si vous l’avez ratée, des affiches mettaient en scène de jolies jeunes femmes, qui proposent un verre à des hommes, avec écrit sur l’affiche: « Ne soyez pas cette fille-là. Ce n’est pas parce que vous avez trop bu que la relation sexuelle n’était pas consentie », avec en ajout: « les dénonciations calomnieuses sont un crime ».

"Don't be that girl", affiche du groupe masculiniste canadien

« Don’t be that girl », affiche du groupe masculiniste canadien

Cette idée est ancienne. Elle estime, par exemple, que si une fille a trop bu, ou est montée boire un dernier verre, c’est qu’elle voulait forcément coucher. C’est cette même logique qui édicte : elle dit non, mais pense oui. Apparemment, les masculinistes oublient un peu vite qu’omettre un consentement avant un rapport sexuel est un viol. Un homme ou une femme peut à tout moment arrêter un rapport sexuel ou des préliminaires, s’il ou elle le souhaite. « Certains violeraient à l’insu de leur plein gré », un argument brillamment décrypté dans une tribune de Rue89

Il est intéressant de remarquer que les sciences sociales se sont intéressées très tardivement au viol. Il faut attendre les années 50 pour les pays anglo-saxons et les années 90 en France. Avant ça, peu de données empiriques existaient sur le sujet. Ceci explique peut-être pourquoi les victimes sont encore trop souvent stigmatisées et les violeurs dédouanés. Cet été, deux autres affaires ont  défrayé la chronique, l’une aux Etats-Unis, l’autre en France. Dans le premier cas, une employée de Disneyland en Floride,violée par l’un de ses collègues, a été accusée par son employeur d‘être responsable, lorsqu’elle lui en a référé. La direction des ressources humaines lui a notamment reproché d’être sortie avec des hommes le soir.  C’est l’autre argument classique utilisé pour culpabiliser les victimes. On leur reproche de ne pas rester cloîtrées chez elles, à l’abri. On oublie souvent que 74% des viols sont commis par une personne connue de la victime. Autre histoire récente, à Thionville. Une lycéenne de 15 ans, en voyage de classe à Berlin, a été agressée sexuellement . Si dans un premier temps, son lycée la soutient et dépose plainte avec elle, elle est ensuite renvoyée. En cause ? Les faits se sont déroulés pendant le couvre-feu de 22h. La victime est sortie sans permission. Ce qui lui est arrivé est de sa faute, semble nous dire l’établissement.

Et ce préjugé persiste. Celui qu’au fond, lors d’un viol ou d’une agression sexuelle, la victime est toujours coupable de quelque chose. C’est ce que l’on appelle la « culture du viol ». Le principe : une société qui normalise le viol et relativise les conséquences dramatiques sur la victime. Ne dit-on pas elle « s’est fait violer », comme si elle prenait une part active à son viol, lorsqu’on parle d’une victime? Jocelyne Robert, auteure et sexologue, a dénoncé  cette #rapeculture dans une tribune du Huffington Post cette culture, en rappelant, entre autres, que moins de la moitié des agressions sexuelles sont rapportées et seulement 3% des agresseurs et violeurs passent ne serait-ce qu’un jour en prison (ÉU). Dans de précédents posts, le blog antisexisme établit une typologie passionnante des cultures enclines au viol. Si  nous espérons qu’un jour la honte change de camps, ce n’est pas encore le cas. Et les forces conservatrices ne manquent pas de le faire savoir. Pis de communiquer dessus. Il est temps de reprendre la parole et surtout d’écouter les victimes.

Charlotte Lazimi

Une Réponse to “Viol: C’est toujours la faute des victimes”

  1. Une Tete Bien Femme juillet 26, 2013 à 2:00 #

    A reblogué ceci sur Une Tete Bien Femme.

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