Académie française : couvrez cette misogynie que je ne saurais voir

19 Mar
Dominique Bona, Hélène Carrère d'Encausse et Jean-Christophe Rufin

Dominique Bona, Hélène Carrère d’Encausse et Jean-Christophe Rufin

Du lundi 16 au 22 mars 2015, une semaine de la langue française et de la francophonie a été lancée dans les médias. Initiée par Patrice Gelinet (CSA) notamment, elle a pour vocation de « célébrer la richesse et la diversité de la langue ». Pour l’occasion, le 7/9 de France Inter a donc logiquement commencé sa semaine dans un lieu symbolique pour notre langue: l’Académie française, l’une des institutions les plus traditionnelles et les moins ouvertes aux femmes de notre République.

Misogyne, l’Académie française? Si la question choque, elle ne mérite pas moins d’être posée. Créée en 1635 par Richelieu pour fixer la langue française, il faut attendre 345 ans pour qu’une femme puisse enfin y entrer… En effet, en 1980, Marguerite Yourcenar y est la première élue. Il était temps. Mais les femmes restent très minoritaires dans le cercle des Immortels. A ce jour, elles ne sont que 8 sur 725 hommes, soit 1% des élus. Cela fait peu, très peu. Pendant l’émission de France Inter, une déclaration a attiré notre attention. Hélène Carrère d’Encausse, historienne spécialiste de la Russie, membre de l’Académie depuis 1990, a répondu à une interpellation de la salle. « Comment appelle-t-on les membres de l’Académie Française ? Est-ce qu’il s’agit bien de collègues ?» Non. En réalité, ses membres se nomment entre eux « confrères ». « Il n’y a pas de consœurs pour les femmes. On dit aussi confrère. Et ce n’est pas un sujet de débat », s’est empressée d’ajouter Hélène Carrère d’Encausse. Car dans le temple de la langue française, le féminin est inexistant ou presque. Les femmes sont donc des hommes (presque) comme les autres. Ce n’est pas la première sortie de ce genre pour Hélène Carrère d’Encausse, comme le dénonçait sur le blog Féministes en tous genres , Eliane Viennot, professeure de littérature française de la Renaissance à l’université de Saint-Étienne, et membre de l’Institut universitaire de France. Cette dernière préfère par exemple s’appeler « secrétaire perpétuel », poste qu’elle occupe depuis 1999 et non « Secrétaire perpétuelle ». Surtout,  pour annoncer la mort d’Assia Djebar, autre membre de l’Académie, elle annonçait dans Le Monde : « Le secrétaire perpétuel, et les membres de l’Académie française, ont la tristesse de faire part de la disparition de leur confrère Assia Djebar, chevalier de la Légion d’honneur, commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres, décédé le… ». Masculinisant ainsi Assia Djebar sans hésitation.

Rappelons que notre chère langue française s’est « fixée » au temps de Malherbe et de Richelieu entre 1610 et 1630 et que c’est à ce moment-là que l’on a décidé que le masculin l’emporterait sur le féminin.  Pourquoi ? Car pour beaucoup de linguistes, les hommes étaient considérés comme supérieurs; le masculin devait donc l’emporter. Eliane Viennot, revient dans son ouvrage Non, Le masculin ne l’emporte pas sur le féminin sur la volonté des grammairiens et des académiciens de « masculiniser le français ». En effet, cette  domination du genre masculin et féminin n’a pu s’imposer qu’à la fin du XIXème siècle. Portée en étendard par l’Académie française, certaines femmes et certains hommes refusent toujours de voir les titres « féminisés », en parlant de Madame LE Maire ou LE Ministre. Pas étonnant dans ce cas que « le masculin » soit encore et toujours vu comme inspirant respect et autorité. N’oublions pas que les stéréotypes sont aussi véhiculés par la langue. Et l’Académie française a sa part de responsabilité.

Charlotte Lazimi

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6 Réponses to “Académie française : couvrez cette misogynie que je ne saurais voir”

  1. Sylhouahe5 mars 19, 2015 à 9:46 #

    Comportement d’autant plus aberrant que ces féminisations des termes et qualificatifs existent dans toutes les langues latines et sont employées quotidiennement en Espagne et Italie.
    Le Français serait-il une langue en voie d’appauvrissement et de restriction (restriction d’esprit, car moins on a de mots moins on a de possibilités de concepts) ?
    Nous en sommes arrivés à un tel point que nous oublions la vraie terminologie de nos féminins et écrivons « professeure » au lieu de « professoresse » (profesoressa en italien), auteure au lieu d’autrice (autrice en italien), Mm LA maire au lieu de Mm la mairesse…
    Bref nous féminisons mais ne voulant pas « choquer » notre auditoire, du moins ses oreilles, nous nous contentons d’une demie féminisation, une féminisation « en douce ».
    Comme quoi, il y a encore du travail…

  2. renardeau mars 25, 2015 à 2:50 #

    J’ai un peu honte car je crois etre féministe de la fesse mais cette histoire de féminisation des mots ne me fait pas palpiter.
    Je trouve que la langue francaise est cool comme elle est, meme si elle est un peu macho et qu’on dit « un docteur » ou « un écrivain ».
    Je trouve ca violent de la part des féministe de vouloir changer les mots que j’utilise. J’ai pas envie de dire « UNE docteur » – d’ailleurs si jétais docteur ca me ferait royalement chier qu’on m’interpelle en disant « LA docteur ».
    Pour moi, vouloir modifier la langue francaise, c’est faire des prouts dans l’eau (un truc qui sert a rien mais que les plus extremistes defendent a grands cris).

    Bon allez salut

    • Les Martiennes mars 25, 2015 à 3:41 #

      Bonjour Renardeau, pas la peine d’avoir honte ! C’est une vrai discussion. Mais certains mots existent au féminin et ils ne sont pas utilisés. Pour docteur, il y a doctoresse, pour auteur, il y a autrice. Bizarrement, ces mots féminins sont oubliés. Il ne s’agit donc pas d’oublier la langue, de la modifier mais de s’en rappeler. Je vous conseille de lire l’ouvrage « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ».

    • KADOVE (@KADOVE1) janvier 7, 2016 à 12:12 #

      C’est un bien réponse d’homme. Il faut être une femme pour comprendre toute la difficulté de se placer dans un monde d’hommes. Le sexisme est bien présent et souvent violent; mais que les femmes laissent des hommes tranquilles comme vous, pourquoi changer, ne dérangeons les habitudes de ces messieurs. C’est comme ça depuis des milliers d’années, pourquoi cela changerait?

  3. MnopwxY novembre 22, 2015 à 11:30 #

    De toute façon, en france, on s’occupe du racisme avant de s’occuper de la mysoginie. Les mecs jouent les martyrs en vrai beaufs attardés avec une solidarité bête et aveugle entre eux à la moindre résistance face au Machisme, les femmes qui montent acceptent pour cela de devenir comme des mecs dans leur tête, elles ne s’en rendent pas compte, elles sont comme ça (souvent bourgeoises ou arabes, ce sont les plus hystériques comme des mecs) et sont choisies pour ça, les mecs n’acceptent que les femmes brusques et stupides comme eux, et surtout sans conscience morale, qui ne pensent qu’à leur image, leurs sondages et que sais-je, les apparences. La france est malheureusement pleine d’arriérés qui ne lacheront jamais le pouvoir. Je vois pas en quoi c’est dérangeant d’accorder comme on le fait toujours, madame la maire, une consoeur. C’est plus dérangeant d’être obligé d’employer un masculin pour parler d’une femme. Quand on est logique et intelligent, du moins. De toute façon, comme tout français bien établi, l’académie n’est qu’une bande de fossiles à cause de qui la langue française devient obsolète. Ils mettent des années à accepter certains mots dont on a besoin, comme les français s’ennorgueillissent à tort de leur langue à la réputation surfaite, ils demandent l’assentiment du disctionnaire, et devraient se retrouver avec des phrases de trois minutes pour dénommer une chose, l’analytique extrêmisme de « cerveaux » hermétiques. Total, on se retrouve à piquer des mots aux autres langues et même pire, que ces molassons de pontifs font entrer dans le dico parce qu’ils n’ont plus le choix, tout le monde l’utilise. La culture française est arriérée, la France est aux mains d’arriérés. Les propagandes récentes anti-mysogines sont menées par les américains, nos sauveurs toujours, ici (voir les réactions dans les commentaires de ces vidéos) : des gros abrutis qui frappent sur la femme à bras raccourci. « retourne dans ta cuisine, blabla, » tout ce qu’on fait de plus beauf y passe. À part ça, on fait des lois contre les insultes racistes, mais les anciennes grosses tètes, cauet, ces abrutis dans les forums, et tout ce qui se passe tous les jours partout, c’est pas grave, ça fait pas de mal, c’est naturel. France de merdeux !
    Au fait, quant à l’influence de la langue sur les mentalités, voir yaguello
    Et merci pour cet article 🙂

  4. KADOVE (@KADOVE1) janvier 7, 2016 à 12:07 #

    Utiliser le mot Homme pour nommer les êtres humains. La femme est un Homme. Les Droits de l’Homme, dont souvent la majuscule est oubliée pour devenir les droits de l’homme. La France ne veut pas changer cette terminologie en droits humains comme l’on déjà fait beaucoup d’autres pays; Les anglossaxons utilisent les termes human rights. Mais en France, on est tellement fier d’être le pays des Droits de l’Homme, tout est verrouillé. L’ONU a fait plusieurs demandes à la France pour que celle ci traduisent Human Rights Council par Conseil des Droits Humains, mais non ça reste Conseil des Droits de l’Homme.

    Sur les blagues sexistes, on se refugie sur la Gauloiserie Française,
    fierté nationale. Le sexiste est une tradition en France malheureusement.

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