« Attention je ne suis pas du tout féministe »

14 Juin
A clean house is a sign of a wasted house

Crédits: thisgeekredes Flikr: cc

C’était trop beau pour durer. Après les tribunes, les débats, les manifs post-DSK qui ont enfin permis de porter un coup de projecteur sur la question du sexisme en France, l’éternelle rengaine est en train de regagner du terrain. L’éternelle rengaine ? Celle du « Attention, je ne suis pas féministe »

Etre féministe, ça n’est malheureusement pas glamour. Essayez dans un dîner ou pire, lors d’un premier rendez-vous, de vous proclamer féministe. Vous aurez beau être sexy, pomponnée, perchée sur des talons de douze, vous perdrez automatiquement pas mal de points, et vous aurez droit à ce petit sourire gêné que l’on pourrait traduire, au mieux, par « la pauvre, elle ne sait pas de quoi elle parle », au pire, par « ouhlala, elle doit être super casse-couilles, celle-là ». Rien à faire, dans l’imaginaire collectif, une féministe c’est : un garçon manqué/ une moche/ une frigide/ une castratrice/ globalement, quelqu’un qui n’aime pas les hommes. Forcément, ça n’incite pas beaucoup de femmes à s’affubler de ce qualificatif. Quant aux hommes, ils sont nombreux à être spontanément dégoûtés par ce type de créatures qu’ils imaginent vociférantes et dominatrices. Tout est donc mis en œuvre pour ne surtout pas avoir l’air féministe, et annoncer la couleur avec la phrase magique « Attention, je ne suis pas du tout féministe».

Le syndrome de la « féminulle »

Si elle n’était pas formulée telle quelle dans les débats publics post-DSK, l’idée était cependant perceptible à travers des propos tels que : « Les féministes sont remontées comme des coucous », « Les néoféministes sont dogmatiques et prônent une guerre des sexes », « En luttant contre la galanterie, elles luttent contre des clichés ridicules et tronqués », « S’il y a des femmes qui veulent rester dans leur cuisine, vous n’allez pas les rééduquer »… ces quelques phrases ont été prononcées ou écrites ces dernières semaines par des femmes, qui semblent toutes souffrir du syndrome de la « féminulle » décrite ici, dans un article intitulé Quelle féministe êtes-vous ?

Malgré ma fidélité au magazine ELLE je ne comprends pas la pertinence d’un tel papier dans un journal revendiquant sans cesse son héritage avant-gardiste dans la lutte pour l’égalité entre les sexes. Car derrière l’humour de ce billet, se cache un message subliminal pas très rassurant. L’introduction suggère déjà que la majorité des femmes, y compris les journalistes, ne se reconnaissent pas dans le féminisme : « Alors, pourquoi est-ce qu’on n’était pas plus nombreuses (à la manif organisée à Paris, ndlr) ? Est-ce que c’est parce qu’on s’en fout ? Est-ce que c’est parce qu’on n’a plus envie d’être féministes ? Parce qu’on est lâches ? Et si c’était tout simplement parce qu’il y a aujourd’hui tant de façons d’être féministes, justement, qu’on a du mal à se reconnaître dans les mouvements existants.» Pourtant les revendications de ces mouvements devraient parler à toutes : lutte contre les violences faites aux femmes, meilleure répartition des tâches ménagères, accession des femmes aux postes à responsabilité, égalité de salaires entre les sexes…

Mais pas question d’aborder les arguments de fond puisqu’il s’agit d’un billet humoristique. La néo-féministe se décline donc de la « Féminulle » qui « a l’air de dire amen et même yallah à tout ce que profère un homme » mais qui « a rebaptisé son mari « Toto » et sort avec son ostéo », à la « Féminime » qui « fait tout au minimum, alors c’est pas pour aller brailler dans les manifestations ». En effet ça ne peut qu’être une blague, cet article ne parle pas du tout de féminisme. Ce qu’il décrypte au moyen de nombreux calembours, c’est un certain nombre de situations où les femmes ne se laissent pas marcher sur les pieds. Encore heureux dans un pays où elles ont le droit de voter, de divorcer, d’avorter, non ? Mais présenter tous ces petits gestes du quotidien comme du militantisme féministe, n’est-ce pas tourner en ridicule le vrai désir de changement et freiner certaines ardeurs? Si refuser de coucher sans capote est déjà un acte de bravoure, on n’ose pas imaginer ce qu’il en coûtera aux femmes de réclamer un salaire égal à celui des hommes.

Peut-être que les Américaines n’ont pas tout à fait tort quand elles pointent du doigt les Françaises, plus tolérantes vis-à-vis d’une pensée qui continue d’associer séduction et misogynie, féminisme et hystérie. Peut-être aussi que malgré nos vieux démons de french lovers, nous arriverons un jour à redonner une certaine noblesse au féminisme, qui concerne potentiellement chaque femme, et qui n’est en rien une haine des hommes, comme ses détracteurs/trices aiment à le caricaturer. Au contraire. Les féministes aiment les hommes dans un rapport égalitaire, bien plus enrichissant pour tout le monde. Vouloir payer l’addition de temps en temps, c’est profiter de son indépendance financière pour faire plaisir à l’autre. Pouvoir coucher le premier soir sans passer pour une pute, c’est quitter le statut d’objet sexuel pour devenir à son tour sujet. Il n’y a là aucune détestation des mecs, juste une aspiration à l’égalité. Que certains hommes commencent à apprécier, car elle est généralement synonyme d’échange dans le couple et dans la vie en général.

Myriam Levain

Advertisements

4 Réponses to “« Attention je ne suis pas du tout féministe »”

  1. genevieve hebert juin 16, 2011 à 12:27 #

    Je suis d’accord! le Féminisme passe de plus en plus par les Hommes !! Qui on bien compris que le machisme ne tue pas seulement des Femmes !

  2. antisexisme juin 16, 2011 à 4:19 #

    Bien d’accord avec cet article !
    A noter que les partenaires sexuels de femmes féministes sont en moyenne plus satisfaits 😉
    Donc les hommes ne devraient pas avoir peur des féministes !
    http://www.sciencedaily.com/releases/2007/10/071015102856.htm

  3. Lee juin 26, 2011 à 10:33 #

    Dans le même genre, Elle a publié un test « Quel macho êtes-vous ? » avec comme résultats possibles : très macho, macho qui s’ignore (et qui visiblement ignore toute notion de sexisme) ou anti-misogyne (qui déteste les hommes, etc.). Ca ne m’a pas beaucoup fait rire non plus…

  4. Dan juin 27, 2011 à 10:15 #

    En tant qu’homme je préfère avoir les femmes libre et égales, qui peuvent coucher le premier soir et ne pas forcément rappeler, car rien de tel que de se sentir d’égal à égal, sans les préjugés…
    (et oui, les femmes féministes sont de meilleures partenaires de jeu 😉 )

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :