La slutwalk est-elle exportable dans tous les pays ?

8 Juil
Slutwlak in Newcastle

Slutwalk en Angleterre - Crédits: Ben Ponton Flikr: cc

Depuis le mois d’avril, les slutwalks se multiplient à travers le monde, du Canada à l’Australie en passant par le Brésil et l’Angleterre. Fin juillet, c’est la ville de New Dehli qui se prépare à accueillir un défilé d’Indiennes court vêtues. Mais dans un pays peu connu pour l’émancipation de ses femmes, la marche prend une tout autre dimension, et l’appellation de slut (salope, en français dans le texte) fait déjà scandale.

Petit rappel : la première slutwalk s’est déroulée le 3 avril 2011 à Toronto, en réaction aux propos d’un policier ayant conseillé aux femmes de ne pas s’habiller comme des sluts si elles ne voulaient pas se faire violer. Des propos qui ont mis 3000 femmes dans la rue avec un mot d’ordre : porter du court, du moulant, des talons et revendiquer haut et fort un statut de slut. Une façon très 2011 de réinterpréter le classique « Mon corps m’appartient ». Et de rappeler qu’une victime de viol n’est en aucun cas responsable de son agression. Que les hommes qui ne contrôlent pas leurs pulsions à la vue d’une minijupe restent chez eux : les sluts sont de sortie. Après le gros buzz créé au Canada par cette manif d’un nouveau genre (c’est le cas de le dire)  la slutwalk s’est propagée un peu partout. Avec à chaque fois une dimension locale. A Mexico, la Marcha de las putas avait une saveur particulière, dans un pays marqué par le « fémicide » jamais élucidé – et toujours d’actualité –  de Ciudad Juarez. En Europe, la slutwalk de Londres a coïncidé avec le début de l’affaire DSK et l’effervescence des débats féministes.

Mais en Inde, l’évènement s’est avéré plus compliqué à organiser. Originellement prévue pour le 25 juin, la marche a été reportée à la fin du mois de juillet, après avoir créé la polémique. Il y avait déjà ces  tenues ultra-provocantes, très éloignées du sari que portent l’écrasante majorité des femmes. Mais plus que les vêtements, c’est le mot même de slut qui a choqué. Quand on sait que New Delhi est surnommée « la capitale du viol » et que l’Inde fait partie des cinq pires pays au monde où vivre quand on est une femme, on imagine facilement que les débats portent moins sur la longueur de la jupe que sur l’infanticide des filles ou les crimes d’honneur. Et que le message de s’habiller comme une pute aura certainement une autre résonance que dans les pays occidentaux, où à défaut d’être toujours effective, l’égalité des sexes est inscrite dans la loi. Les Indiennes, qui tentent déjà une mobilisation timide contre le harcèlement quotidien du Eve teasing ont probablement beaucoup de chemin à parcourir avant de revendiquer des tenues légères. Par ailleurs, des voix se sont déjà élevées pour dénoncer l’aspect social d’une telle marche, organisée par et pour une élite occidentalisée, peu confrontée aux réalités du pays. Malgré tout, la marche est maintenue et devrait avoir lieu à la fin du mois. A une nuance près : elle s’appellera finalement la Besharmi Morcha, la « marche des effrontées ». Un terme dérivé, un peu édulcoré, mais probablement plus adapté.

En Afrique aussi, se prépare la première slutwalk : elle devrait se dérouler le 20 août à Johannesburg et rassemble déjà près de 1000 fans sur Facebook. Alors que les témoignages sur les viols correctifs envers les lesbiennes se multiplient, les Sud-africaines auront sans doute besoin de courage pour sortir revendiquer leur statut de sluts dans les rues.

Un tel succès à travers le monde pose nécessairement de nombreuses questions, et plusieurs féministes ont déjà proposé une interprétation de cette nouvelle forme de militantisme. Pour Pamela Cytrynbaum, les slutwalks sont peut-être l’amorce d’une nouvelle révolution. Pour Jessica Valenti, elles sont l’expression d’un féminisme rajeuni et dédramatisé. Les versions indienne et sud-africaine promettent d’être instructives. Inspireront-elles pour autant d’autres pays où les femmes sont particulièrement malmenées ? Difficile pour l’instant d’imaginer une slutwalk en Arabie Saoudite, en Egypte ou au Congo.

Myriam Levain

 

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Une Réponse to “La slutwalk est-elle exportable dans tous les pays ?”

  1. Hollaback France juillet 8, 2011 à 1:56 #

    Je crois que si autant de Slutwalks s’organisent partout dans le monde c’est que les réalités qu’elles dénoncent sont universelles : le sexisme et le harcèlement dans la rue (et ailleurs). Et les quelques différences que l’ont peut noter dans l’organisation ou les critiques de ces Slutwalks selon les pays ne sont pas des différences de fond.

    Et si le problème est universel, alors je pense que que les Slutwalks sont exportables dans tous les pays. Peut-être pas sous ce nom, peut-être pas avec des revendications identiques, mais le modèle restera le même. Partout dans le monde les femmes organisent déjà des manifestations pour dénoncer le harcèlement et autres agressions dont elles sont la cible quotidienne dans les rues de leurs villes, même dans les pays où les droits des femmes sont les plus ignorés :

    – Le 14 juillet prochain une marche sera organisée contre le harcèlement des femmes dans la rue à Kaboul, Afghanistan ! (leur page FB https://www.facebook.com/event.php?eid=143034765770559)

    – Le 17 juin dernier, des femmes saoudiennes ont défié l’interdit légal de conduire des voitures et ont circulé dans les rues de Riyad. (http://www.francesoir.fr/actualite/international/arabie-saoudite-femmes-privees-conduire-se-revoltent-110875.html)

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