L’inégalité à l’envers, un fantasme à la mode…

18 Fév
Dans Jacky au royaume des filles, Riad Sattouf met en scène une société dominée par les femmes pour mieux dénoncer les inégalités.

Dans Jacky au royaume des filles, Riad Sattouf met en scène une société dominée par les femmes pour mieux dénoncer les inégalités.

Lundi matin, Marcel Gauchet,  philosophe et historien était l’invité de la matinale de France Inter sur l’école et la transmission du savoir. Le vrai problème de l’école selon lui ? « C’est celui de l’inégalité à l’envers » entre garçons et filles au profit de ces dernières. Décryptage.

« Filles et garçons sont égaux, explique Marcel Gauchet. Et ils le sont d’autant plus d’ailleurs, qu’en fait le vrai problème du genre, s’il y en a un à l’école d’aujourd’hui, c’est celui de l’inégalité à l’envers. Car les filles sont meilleures que les garçons. C’est à ça que nous assistons dans l’école d’aujourd’hui, c’est à un écroulement des performances des garçons au profit de celui des filles, qui sont en fait les grandes victorieuses de l’école d’aujourd’hui. On le voit partout ». Cette réussite scolaire serait donc une source d’inquiétude pour le philosophe. Si le sujet mérite effectivement la réflexion, ce qui est frappant c’est à quel point l’inégalité actuelle l’indiffère. Car si les filles sont meilleures à l’école, elles se heurtent très souvent au plafond de verre. En revanche, l’idée que les garçons soient minoritaires dans un avenir proche lui est insupportable. Deux poids, deux mesures.

Dans la suite de l’interview, Marcel Gauchet concède : « Alors ça ne se traduit pas encore dans la société pour toutes sortes de raisons qui méritent la réflexion ». « Et ça va se traduire ?, » lui demande Patrick Cohen. « Je le pense, et dans toutes sortes de domaines, et ça va nous poser des problèmes », répond l’intéressé. Rappelons quand même quelques chiffres. Les femmes n’occupent que 20% des sièges des parlements sur l’ensemble de la planète, c’est–à-dire une sur cinq… On est loin de la parité. Au Parlement européen, on compte un tiers de femmes et un quart au Parlement Français. En France, seuls 22% des membres de Conseil d’Administration et seulement 17% des cadres de direction sont des femmes. On passe bien sûr, les inégalités salariales et les discriminations*.

L’argument de Marcel Gauchet pour justifier son raisonnement ? La féminisation de certains métiers. « On le voit dans de nombreuses professions, où on entre par concours dans la magistrature et dans l’enseignement. Mais c’est les filles qui gagnent tout, explique-t-il. Et les garçons, on a bien du mal à aller en repêcher quelques-uns pour quand même qu’il y ait une certaine parité dans le fonctionnement des institutions. C’est ça le vrai problème d’aujourd’hui sur lequel à mon avis on ne réfléchit pas assez ». Cette affirmation est à moitié  juste. On a assisté ces dernières années à la féminisation de certains corps de métiers comme celui des magistrats, de l’enseignement, de la médecine et notamment du journalisme. Mais certains secteurs restent très fermés. Et les postes de direction restent très majoritairement masculins. En 2010, on retrouvait 44 % de femmes parmi les docteurs et seulement 27 % parmi les ingénieurs. On est loin de la vague féminine annoncée. Ce serait une erreur de croire que la mixité n’est pas bénéfique pour tout le monde. Il est grand temps de cesser de craindre le progrès et de se cacher derrière les fantasmes. Si pour beaucoup « l’égalité »  n’est pas une « priorité » pour l’école et pour la société, qu’est-ce qui l’est ?

Charlotte Lazimi

*sources: Women in National Parlement et Women who will be serving in 2013

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4 Réponses to “L’inégalité à l’envers, un fantasme à la mode…”

  1. Choubaka février 18, 2014 à 11:51 #

    Si les filles au départ sont meilleures à l’école, c’est peut-être juste à cause des exigences des parents, qui différent suivant qu’ils ont une fille ou un garçon. Je me rappelle que si j’avais le malheur d’apporter d’avoir moins que 16/20, j’avais droit à la pire des punitions! Oh la mauvaise fille, elle a fait une faute d’orthographe, bouhh!! Mon frère, lui, n’a que des échecs, et écrit comme s’il venait d’apprendre le français! Mais ça c’est normal!!! Lui il sera pompier…car il est trop fort. (petite parenthèse de ma vie, promis, je m’arrête là!)

  2. Gabrielle février 18, 2014 à 1:28 #

    Bonjour, merci pour ce rappel salutaire… j’interviens dans les lycées pour sensibiliser les filles (mais aussi les garçons) aux filières scientifiques et il arrive que des parents d’élèves inquiets me disent: « mais ou iront les garçons? ». Comme si l’égalité impliquait que les hommes se feraient voler leur place.
    En fait, ce qui transparait dans cette inquiétude pour les hommes, c’est que l’élargissement du champ des possibles des filles ne s’est pas accompagne de l’élargissement du champ des possibles des garçons. Effectivement si on veut plus de femmes ingénieures il va falloir plus d’hommes profs, si on veut plus de femmes maçons il faudra plus d’hommes puériculteurs. Mais les stéréotypes empêchent d’envisager de nouvelles voies pour les hommes…
    Que tous ces gens inquiets pour les garçons ne se trompent pas de combat: l’ennemi ce n’est pas le féminisme, mais le patriarcat et son lot de modèles coercitifs.

    • Laurine février 18, 2014 à 9:13 #

      Toute à fait d’accord ! Et effectivement, pour que l’élargissement des possibilités professionnelles des hommes se fasse, il faudrait que les types d’emplois majoritairement occupés par les femmes soient aussi bien reconnus à la fois socialement et économiquement que ceux majoritairement occupés par les hommes… Et évidemment, on en est loin.
      D’ailleurs, M. Gauchet s’inquiète de la féminisation à outrance de certains métiers mais oublie de dire que les travailleurs-euses des secteurs professionnels en question ont beaucoup perdu en pouvoir d’achat relatif sur les trois ou quatre dernières décennies… Coïncidence?

  3. bender février 20, 2014 à 1:38 #

    Pour suivre Choubaka il est vrai que quand un garçon déconne à l’école, c’est un « bad boy ». C’est-à-dire ce n’est pas si grave il a du caractère…. Un raisonnement indulgent qu’on n’applique pas aux filles.

    Quant à la féminisation elle est souvent hypocrite. Par exemple j’ai faits mon service militaire dans un fort admininstratif. Il y avait majoritairement des femmes sauf dès qu’on allait haut dans la hiérarchie. Là on y trouvait que des hommes. Et c’est appliquable dans beaucoup de domaine comme l’éducation.

    En résumé la parité c’est bien joli mais pour les trucs importants il faut des hommes.

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