Cantat, Gauguin, une célébration indécente

11 Oct

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Ce n’est pas une première pour les Inrocks. Cela devient même une habitude. Une fois tous les 4 ans, depuis les 10 ans de la mort de la comédienne Marie Trintignant, tuée sous les coups de son compagnon Bertrant Cantat en 2003, l’hebdomadaire le met en couverture. L’objectif est toujours mercantile : faire la promotion de « l’artiste », comme s’il était dissociable de l’homme.

Le procédé est toujours le même : plaindre le repenti et vanter les talents du chanteur et du musicien. Comme si de rien n’était, comme s’il ne se résumait qu’à cela. Ou presque. Mais la question en est philosophique: jusqu’où est-ce acceptable ? Jusqu’ou est-ce tolérable de célébrer l’œuvre d’un assassin, faire sa promotion, le mettre en une d’un magazine, lui donner la parole, lui faire raconter sa solitude, ses réflexions… Car Bertrand Cantat a aussi fait les gros titres de la presse avec le suicide quelques années plus tard de sa femme Kristina Rady, qui craignait elle-aussi son emprise et ses coups. Mais pour les inrocks, qui préfèrent mettre généralement que des hommes blancs en couverture, rien de choquant ou d’anormal. Au contraire. C’est peut-être à la fois une envie de faire le buzz. Pis, une leçon d’un journal qui cache à peine son machisme derrière des leçons de ce qu’il faudrait accepter ou tolérer.

Ces derniers jours, on a célébré un autre artiste aux actions contestables. D’abord le film sur Paul Gauguin- Gauguin-Voyage de Tahiti, qui fait l’impasse sur la pédophilie de l’artiste et sur les viols de jeunes enfants. L’idée n’est pas de discuter le talent indiscutable du peintre. Mais pourquoi ignorer des faits ? Lorsqu’on regarde aujourd’hui ces magnifiques tableaux, comment ne pas être pris de malaise en connaissant l’âge des trop jeunes modèles.

Quand on interroge Vincent Cassel, qui incarne le peintre à l’écran, sur cette omission, la réponse est des plus étonnantes: « Les filles de 13 ans à l’époque, ce n’est peut-être pas 13 ans aujourd’hui ». L’argument du relativisme culturel est souvent utilisé. Cette fois, il s’agit d’un autre relativisme, celui du temps. Le viol d’enfant serait plus acceptable à une époque qu’à une autre ? Si c’était vrai, cela le rendrait-il vraiment plus tolérable ? Sachant que ce n’est pas le cas, pourquoi l’omettre ? Pourquoi ne porter qu’un regard positif sur des pratiques inacceptables ? La compagne de Paul Gauguin dans le film a 18 ans et non 13… Ce choix délibéré est une façon de minimiser et cacher une part sombre de l’homme Gauguin et de l’histoire française, dans lesquels nombreux colons agissaient en toute impunité, une réalité bien sordide, rappelée par le journaliste Léo Pajon.

Ce film et cette une des Inrocks ne sont pas sans rappeler un autre fait inacceptable. Les bourreaux sont portés aux nues, excusés, célébrés et les victimes… réduites au silence. Leur parole est déclassée, minimisée, décrédibilisée. La décision d’un juge de ne pas qualifier de viol « un viol », car la victime de 11 ans, tétanisée paralysée n’a pas réussi à dire un mot face au violeur de 28 ans. C’est encore une relecture complaisante d’un viol, d’un meurtre dont sont victimes des femmes, et des enfants. En 2017, force est de constater que dans le domaine, rien ne semble avancer. Merci donc les Inrocks de vous en faire encore les porte-paroles d’une société où seuls les bourreaux ont droit à une écoute complaisante. Rendez-vous dans 4 ans ?

Charlotte Lazimi

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Une Réponse to “Cantat, Gauguin, une célébration indécente”

  1. corine goldberger octobre 11, 2017 à 1:05 #

    Bonjour,

    Dans votre liste vous avez oublié Mehdi Meklat, chroniquuer du Bondy Blog, célébré par les Inrocks, en dépit de ses messages homophobes, antisémites, misogynes et faisant l’apologie du terrorisme.

    Pour mémoire: sur Caroline Fourest («grosse race maudite»), Charlie Hebdo ( «Charb , j’ai juste envie de l’enc**** avec des couteaux Laguiole»). Il s’est également fait remarquer pour des propos antisémites («faites Entrer Hitler pour tuer les juifs») homophobes ou misogynes («venez on enfonce un violon dans le c** de madame Valls») ainsi que par des propos à la limite de l’apologie du terrorisme («Je trouve la phrase ‘Moi la mort, je l’aime comme vous vous aimez la vie’ de Mohamed Merah, troublante de Beauté», «Ben Laden me manque»). Cordialement Corine Goldberger

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