Complément d’enquête: Les « femmes du président » ou le retour du sexisme inconscient

21 Sep
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Capture d’écran de Complément d’Enquête, émission diffusée le 21 septembre

C’est le titre de l’émission d’investigation renommée de France 2, créée par Benoît Dusquene en 2001, Complément d’Enquête , diffusée ce soir: « Les femmes du président ». L’ambition affichée des journalistes : parler des femmes qui entourent Emmanuel Macron, à savoir son épouse Brigitte Macron, la ministre du Travail Muriel Pénicaud et la conseillère communication de l’Elysée Sibeth Ndiaye. Le titre évoque immédiatement une vision intime de l’homme, au regard des femmes de sa vie, ou « qui ont été siennes ». Et c’est là que le bât blesse.

Le procédé n’est pas nouveau. Depuis des années, pour parler des personnalités politiques de premier plan, on essaie de trouver un regard « people », « intime » à travers leurs épouses ou compagnes. Alors pourquoi l’épouse du chef de l’Etat, qui n’a pas de statut politique officiel,  est-elle présentée au même niveau qu’une ministre ou que la conseillère en communication de l’Elysée?

A première vue, le titre « les femmes du président » ne met pas en avant l’idée que l’on va parler de personnalités politiques fortes qui l’entourent et le conseillent. Muriel Pénicaud et Sibeth Ndiaye sont chargées pour l’une d’une réforme annoncée essentielle de ce quinquennat concernant le code du travail, pour l’autre de la communication de l’Elysée. Ainsi, tout s’efface : elles sont d’abord des femmes et elles « appartiennent » au président. Elles ne sont plus des sujets, mais des objets.

Ce titre n’est pas sans rappeler une Une de l’Express de 2012, qui mettait en scène François Hollande et « ces femmes qui lui gâchent la vie », à savoir, selon le journal, Ségolène Royal, Valérie Trierweiler, Cécile Duflot, Martine Aubry et Angela Merkel.

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Cette fois aussi, cette couverture, qui se voulait « percutante », plaçait sur le même plan personnalités politiques (ministres, homologues) et vie privée, comme une façon de rappeler qu’avant d’être des femmes politiques, ces personnalités sont surtout « des chieuses » et des « emmerdeuses ». Ségolène Royal avait d’ailleurs aussi fait la Une de l’Express avec ce titre « L’emmerdeuse », en 2014.  Cela avait été vu par le gouvernement comme « un manque de respect ». Pour Christophe Barbier, à l’époque Directeur de la rédaction de l’hebdomadaire, c’était au contraire « un compliment » pour une ministre qui faisait bouger les lignes. Selon lui aussi, il ne s’agissait pas non plus de sexisme, car d’autres hommes politiques avaient fait la une de magazine avec le titre« l’Emmerdeur » comme François Bayrou dans le Point ou Jean-Luc Mélenchon dans Les Inrockuptibles. Cet argument serait presque convaincant, si nous étions dans un monde, où le mot « emmerdeuse » ne serait pas plus péjoratif qu' »emmerdeur ». C’est regrettable. Rappelons cependant que la langue française reste profondément misogyne. Le sens parfois donné à certains mots féminins sont bien plus négatifs. Il serait hypocrite de le nier. Un « emmerdeur » vient troubler, perturber, faire évoluer. Une emmerdeuse n’a pas dans l’imaginaire collectif le même pouvoir. C’est juste un grain de sable dans la machine.


En 2017, il est assez désespérant de constater que, dans des émissions de qualité comme Complément d’enquête, ce type de raccourcis subsistent. Surtout, cela s’appuie sur un autre paradoxe. François Hollande se voulait le Président des femmes, avec en début de mandat la création d’un ministère des Droits des femmes et un gouvernement paritaire. Sur cette question avec Emmanuel Macron, la communication supplante l’ambition affichée,  (et le courage en politique?). Si ce dernier, pendant la campagne, avait laissé planer le doute sur le choix d’une Première ministre, on est loin du compte. Certes, la parité est respectée au gouvernement. Pourtant, le ministère des Droits des femmes est remplacé par un secrétariat d’Etat impuissant et presque inutile. Les déclarations de Marlène Schiappa sont contestées au sein même du gouvernement, dernièrement sur la PMA. Surtout, la baisse de dotations de 25% du plus petit budget de l’Etat n’est pas de bonne augure, avec une perte de financement considérable, 7,5 millions d’euros pour des associations de défense des droits des femmes. 2017, en matière de droits des femmes et de sexisme, le retour en arrière, c’est pour maintenant ?

Charlotte Lazimi

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