Envoyé Spécial: pourquoi une femme puissante est encore vue comme menaçante ?

17 Juin
crédits: France 2 (capture d'écran)

crédits: France 2 (capture d’écran)

Jeudi soir, l’émission Envoyé Spécial a proposé un reportage sur l’argent dans le couple. Le problème soulevé:  ces femmes qui gagnent plus que leur conjoint. Elles seraient un quart dans cette situation. Quelles conséquences ? Les conjoints « émasculés » souffriraient dans leur « virilité» primaire. Le regard de la société serait à leur égard très péjoratif. Idem pour les compagnes puissantes, loin des « princesses passives de leur enfance ». Ces hommes ne seraient plus ceux qui rapportent l’argent de leur foyer, ceux qui « nourrissent » leur famille. Le reportage donne des exemples de femmes brillantes lâchées par un époux jaloux, un homme au foyer heureux, et des hommes qui gagnent sensiblement moins que leur compagne. N’est-ce pas une hérésie en 2016 de parler ainsi d’argent des femmes, comme si c’était un souci ? Probablement, car c’est prendre le sujet à l’envers.

Si un quart des femmes gagnent plus que leur compagnon en France, elles sont donc la grande majorité à gagner moins (75%). Et l’écart de salaire est notable. En moyenne, selon une étude de l’Insee de 2014, celles-ci gagnent, par an, 10 000 euros de moins que leur compagnon. La grande injustice aujourd’hui n’est pas là. Elle reste l’inégalité salariale à compétences égales. Les explications sont multiples et diverses. Mais à la sortie des études, les femmes gagnent 7% de moins que leurs collègues masculins à compétences égales. Comme le soulignait le reportage, les femmes sont aussi plus diplômées que les hommes. Cette information n’est pas nouvelle. Pourtant, dans tous les postes de direction, nombreuses femmes se heurtent au plafond de verre et ne parviennent plus à progresser dans l’entreprise à un moment crucial de leur carrière. Comment l’expliquer ? Les femmes sont plus diplômées, mais exclues des sphères de pouvoir (très) majoritairement masculines. Cela ne démontre-t-il pas, au contraire, un dysfonctionnement du système ?

Les inégalités salariales ont été organisées et légitimées dans le monde du travail. Car les femmes des classes populaires ont toujours travaillé, sans que cela soit reconnu ou visible. Elles ne devaient rapporter que « le salaire d’appoint », de l’argent de poche en somme, quand l’homme rapportait  « le salaire de chef de famille ». Quid des veuves, des femmes célibataires ? Jusque dans les années 1960 et les premières lois d’égalité salariale les entreprises pouvaient payer moins les femmes que leurs homologues pour la même fonction, et avec un écart de 25% parfois. Ce problème épineux reste l’un des plus prégnants du XXIe siècle. Un défi, lorsqu’on sait que les femmes sont les plus précaires et les plus fragiles économiquement. Rappelons que 80% des personnes au Smic sont des femmes. Elles sont 30% à être à temps partiel contre 7% des hommes et il s’agit d’un temps partiel subi dans la plupart des cas.

>>  Lire aussi: Pas d’égalité de salaires à Hollywood

Dans le reportage d’Envoyé Spécial, les journalistes se rendent au Danemark, « pays dit le plus égalitaire du monde ». Seules 40% des femmes gagnent plus que leur conjoint. Donc elles sont 60% à gagner moins. L’égalité n’est donc pas du tout atteinte. Ils y ont interviewé des chercheurs, qui ont réalisé une étude où ils comparaient la prise de viagra dans les couples. Et dans le cas où la compagne gagne plus, la prise de viagra serait plus forte. Une étude des plus contestables… Comme si la virilité était impactée, avec cette idée que virilité et argent sont forcément liés… Comme si être un homme, c’était dominer et acheter. Il s’agit de « virilité toxique », précise un article de Salon d’Amanda Marcotte, qui s’interroge après le massacre d’Orlando aux Etats-Unis. L’éditorialiste américaine s’interroge sur la violence dans nos sociétés et sur « cet attachement national aux modèles dominants de virilité ». Il s’agit de valoriser un mélange de domination, de contrôle et de haine, qui peuvent mener à des massacres de masse et aux violences conjugales, fléau de toutes les sociétés.

De quoi donc réfléchir sur une société lente à avancer vers l’égalité et se poser les bonnes questions. N’est-il pas préférable, non pas de s’interroger sur les « conséquences soit-disant néfastes (petits) progrès vers l’égalité », mais de se demander pourquoi chaque progression est vue comme une anomalie.

Charlotte Lazimi

 

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Une Réponse to “Envoyé Spécial: pourquoi une femme puissante est encore vue comme menaçante ?”

  1. Sev juin 17, 2016 à 4:16 #

    Prendre le problème à l’envers, c’est exactement ça!!!

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