Le féminisme pour les nuls

11 Déc

Féministe tant qu'il faudra

Après Carla Bruni, c’est au tour de Maïwenn, et ça commence à faire beaucoup en deux semaines. Cette fois, c’est l’ actrice et réalisatrice qui prend le féminisme pour cible. Dans une interview donnée au magazine Glamour de janvier 2013, elle répond à la question: « Le féminisme ça vous parle? » Sa réponse est pour le moins inattendue  puisque cette dernière explique: « Non, ça a même plutôt tendance à m’irriter. Je n’aime pas les extrêmes donc pas plus les féministes que les misogynes. Mais je suis vraiment concernée par la condition féminine. Si je sens des femmes atteintes dans leur dignité,  je m’énerve ». Pour résumer, Maïwenn confond misandrie et  féminisme. Et elle assimile machisme et  féminisme comme si ces deux phénomènes étaient comparables. Pourtant, ils n’ont rien à voir. Nous l’avions expliqué dans notre post Attention, je ne suis pas féministe et il apparaît nécessaire de le compléter aujourd’hui. Car ce n’est un scoop pour personne, le féminisme a toujours mauvaise presse. Voici donc un florilège de préjugés à déconstruire:

Le féminisme est anti-homme

Faux.  Nous avons écrit notre amour des hommes dans notre post L’homme est l’avenir du féminisme. Notre féminisme n’est pas seulement féminin, il se construit ensemble. Surtout, le féminisme n’est pas un mouvement extrémiste qui vise à faire disparaître les hommes de la planète, à les priver de leurs droits élémentaires et à marquer la supériorité des femmes. Notre objectif, c’est simplement l’égalité des droits, à commencer par l’ égalité salariale à compétence égale. Mais pas seulement. Les enjeux sont considérables et on tend à l’oublier. Non seulement, il y a le fameux « plafond de verre » qui exclut la plupart des femmes des sphères de pouvoir et de décision, qu’elles soient économiques ou politiques, mais il y aussi toutes les questions de liberté, de défense des droits, et de stéréotypes desquels femmes et hommes sont souvent prisonniers.

Machisme/ et Féminisme, deux extrémismes

Faux. Ces deux phénomènes sont incomparables car ils ne sont pas de même nature. Le machisme, selon la définition du Larousse, est  une « idéologie fondée sur l’idée que l’homme domine socialement la femme et que, à ce titre, il a droit à des privilèges de maître ; comportement conforme à cette idéologie. »  L’expression la plus extrême  du machisme ? Le viol, le harcèlement sexuel et toutes les violences faites aux femmes. Quant au féminisme, ce n’est pas une idéologie qui consacre la suprématie des femmes. C’est un mouvement d’émancipation  pour obtenir le droit de vote, le droit d’ouvrir un compte en banque, le droit de travailler, qui a pris toute son ampleur pendant la révolution française, avec la désormais célèbre Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne en 1789 d’Olympe de Gouges, et qui continue d’exister aujourd’hui. Pour reprendre la définition du Larousse : c’est  un « mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société. »

Le féminisme est un courant uni

Faux. Il n’y a pas un féminisme mais des féminismes. D’ailleurs, il y a différents moyens de se battre pour les droits des femmes, et donc plusieurs écoles, plusieurs courants. Des Femen à la Barbe en passant par  les slutwalks, les méthodes pour sensibiliser sont différentes. Et le débat d’idées y est très présent et très virulent, notamment sur les questions du voile, de la prostitution et de la pornographie qui divisent… Rappelons le livre d’Élisabeth Badinter Fausse route, qui estimait que certains courants féministes avaient tendance à présenter les femmes comme des victimes et donc à être contre-productifs.

Le féminisme est dépassé

Faux. A écouter ces discours, tous les combats auraient déjà été menés. Et par conséquent, toutes les causes seraient gagnées. En France tout du moins. Les féministes seraient donc des emmerdeuses, qui voudraient révolutionner la société en changeant tout, pis en faisant disparaître toutes les différences.  Premièrement, c’est une illusion de croire qu’en France, nous avons remporté tous les combats. Il suffit de suivre les dérapages presque quotidiens de certains hommes politiques ou essayistes ou simplement des publicitaires en mal d’inspiration. Rappelons seulement que les femmes sont les plus touchées par la précarité et qu’en moyenne leurs retraites sont deux fois inférieures à celles des hommes. Deuxièmement,  la théorie des genres est un vrai débat complexe et passionnant. Et il ne faudrait pas assez d’un post pour en parler. Le blog d’ Anti-sexisme, donne un point de vue complet. A lire sans modération.

Pour ce qui est des solutions peut-être devrait-on instaurer dès l’école primaire des cours sur le sexisme, le machisme et le féminisme. Cela éviterait à certaines de nos artistes d’enchaîner les poncifs sur ces questions…

Charlotte Lazimi

12 Réponses to “Le féminisme pour les nuls”

  1. diogene2066 décembre 11, 2012 à 6:24 #

    Sur « LE FÉMINISME EST ANTI-HOMMES » :

    Pour paraphraser le célèbre titre de Lénine, « Le gauchisme, maladie infantile du communisme », on pourrait dire : « Le scumisme, maladie infantile du féminisme »…
    En deux mot, on peut définir le scumisme par la formule favorite des machistes : le féminisme « coupe-couilles » (en référence au Manifeste SCUM, « Society for Cutting Up Men », rédigé en 1967 par Valérie Solanas).
    En France, cette mouvance a, objectivement, fait partie intégrante des 4 ou 5 « tendances » du MLF à ses débuts : lorsque le groupe informel des « Gouines Rouges », se sentant minorisé au sein du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) revint dans le giron des Assemblées générales des Beaux-Arts… ou encore, lorsque certaines femmes du groupe « Psych’ et Po » d’Antoinette Fouque prônaient une rupture forte avec « les » hommes en général, elles alimentèrent —bien que très très marginales au sein-même du Mouvement—, l’idée comme quoi le féminisme était « anti-mecs »…
    Bien évidemment, les médias s’engouffrèrent dans cette brèche, et, les nouvelles générations successives de journalistes… reprenant mécaniquement les poncifs véhiculés par leurs ainés, c’est ainsi que cette image rébarbative et anachronique traine encore, aujourd’hui, dans la tête de nos « people » sans cervelle et de certains chroniqueurs plus ou moins malveillants…
    C’est ce qui explique, aussi, toutes les bêtises sexistes (voire carrément anti-féministes !), plus ou moins subconscientes, qui fleurissent dans ces diverses déclarations de personnages publics.

    Malheureusement pour eux, cette mouvance « férocement radicale » a disparu depuis belle lurette !

    Sur « LE FÉMINISME EST UN EXTRÊMISME »…

    La définition du féminisme est pourtant simple : « Mouvement, initié par les femmes afin de parvenir à une égalité formelle ET concrète, juridique, économique, sociale ET culturelle, entre les hommes et les femmes ».
    Ni plus, ni moins !
    Bien entendu, on aura compris que le mot le plus important, dans cette définition, est le mot « ÉGALITÉ »…
    Je n’ai jamais entendu dire (à part au sein de la frange radicale décrite ci-dessus) que les mouvements de libération des femmes visaient, par « vengeance », à la domination ultime et absolue des femmes sur les hommes ! ! !
    Les femmes, dans leur globalité, ont été niées, minorées, réprimées et exploitées par la moitié masculine de l’humanité, et ceci pendant des millénaires…
    Si elles se sont révoltées contre cette situation, ce n’est évidemment pas pour, à leur tour, minorer, réprimer et exploiter cette même moitié masculine de l’humanité ! !
    C;est absurde !

    Ce serait reprendre à leur compte des comportements et des objectifs aussi débiles que ceux contre lesquels elles luttent !

  2. e décembre 11, 2012 à 8:51 #

    Courage dans ce combat, la lutte promet d’être encore longue:/
    c’est notre devoir à tous, alors MOTIVé !!!

  3. lyly décembre 12, 2012 à 12:27 #

    Argh merci, j’étais tellement furax quand j’ai lu ça, comment en est-on arrivé au stade de confondre misandrie et féminisme

  4. Ibn al-Rawandi décembre 12, 2012 à 11:38 #

    Le féminisme intelligent est l’avenir de l’Humanité.

    À lire : Le féminisme n’a jamais tué personne – Florence Montreynaud
    Prononcée en septembre 2003, au Musée de la civilisation à Québec, à l’occasion du trentième anniversaire du Conseil du statut de la femme du Québec, cette conférence est une vibrante défense du féminisme en tant qu’humanisme, dont les valeurs s’imposent plus que jamais, dans toute leur nécessité. « Par sa contestation de la domination masculine et de la soumission féminine, le féminisme touche aux fondements de l’organisation sociale et des relations entre les sexes », explique l’historienne française et militante féministe de longue date.

  5. silvain décembre 12, 2012 à 1:26 #

    Bonjour,
    l’égalité, est-ce aussi qu’un père qui divorce et demande la garde de ses enfants ait autant de chances de l’obtenir que son (ex) épouse, et non pas que celle-ci ait 96 % de chances de l’obtenir comme c’est le cas actuellement ? Merci.I

    • lyly décembre 12, 2012 à 10:03 #

      Ce sont les députés majoritairement hommes qui ont refusé récemment la loi de la garde partagée par défaut lors d’un divorce.

  6. boguibog décembre 12, 2012 à 1:41 #

    Si vous cherchez un maximum de féminisme, je peux vraiment vous aiguiller sur la voie de la sagesse grâce à mon wordpress. Très bon article en tout cas.

  7. Marion G décembre 12, 2012 à 2:57 #

    Je vous conseille de regarder les propos tenus par un avocat de Bordeaux sur l’élection de la première femme bâtonnière depuis 550 ans, il se pose vraiment la question de la capacité d’une femme à avoir ce type de charges puisque « les grands avocats pénalistes sont quand même des hommes ». La grande classe quoi.

  8. Scarletswalks décembre 14, 2012 à 7:54 #

    Selon cet article, le féminisme est question d’opinion, et plus il est phallocrate mieux cela vaut, histoire de montrer qu’il est inoffensif. Vous parlez d’égalité sans identifier ses implications, insistez sur votre amour pour les homme sans préciser leur fonction politique d’oppresseur, et bien sûr, pour montrer que le féminisme n’est pas monolithique, vous citez les études de genre, proprement antiféministes, et apolitiques, comme cet article qui ne situe pas le féminisme dans le politique, mais seulement comme un moyen de rafistolage du système patriarcal, comme s’il était malade. La subordination des femmes aux hommes est structurelle. Par ailleurs, dans le culte de la pluralité apparent, vous mentionnez des idéologies phallocrates recyclées comme les « slutwalks » qui jamais du reste, ne s’est revendiqué un mouvement féminisme, sans faire mention du féminisme politique radical. Le texte que vous avez écrit est égalitariste, et laisse la voie libre au postmodernisme le plus virulent. Que Maïwenn et Carla Bruni aient des opinions-ie formulation d’impensés infondés, et comme nous le savons « opiner n’est pas penser »- est révélateur, mais ne valent rien. Par ailleurs, Bruni a directement situé le féminisme dans le politique, en signalant qu’elle ne s’y associait pas. Il est préférable de rejeter le féminisme comme projet politique claire, plutôt que d’en faire un avatar d’une phallocratie recyclée, réformée sans analyse structurelle. C’est précisément ce manque de définition du féminisme, faisant de la pensée la terre promise de l’ignominie, qui laisse fleurir les pires positions antiféministes, et son rejet ( ou co-optation). Et je le répète, faire des études de genre, études queers, ramassis de libéralisme politique phallocrate dangereux pour les femmes, le futur du féminisme révèle une étude peu approfondie des travaux des gender-dévôts. Le site mentionné ne fait pas exception, puisque dans la dévotion au genre sous prétexte d’anti-essentialisme également. Enfin, le féminisme est plus qu’une question d’identité, ou égalité de droits dans un système phallocrate,qui revient à accorder des privilèges de masse, et la reproduction des superstructures patriarcales. Ce texte est en effet, du féminisme pour les nuls. Honteux. http://beyourownwomon.wordpress.com/?s=genre
    http://beyourownwomon.wordpress.com/2012/07/03/pourquoi-il-faut-mettre-fin-aux-feminismes/

  9. sylvainj mars 21, 2013 à 3:06 #

    introduction très intéressante

  10. Euterpe mars 22, 2013 à 2:03 #

    Le sexisme est un racisme de genre. À ce titre nous avons besoin d’une LOI antisexiste comme il existe une loi antiraciste.
    Sans loi qui proscrit et condamne, par exemple, les assimilations en images des femmes à des sextoys et les appels aux meurtres de femmes déguisés en plaisanteries (pubs, jeux, films, inscriptions sur T-Shirts), on n’en sortira pas. Ce n’est pas en faisant les yeux doux aux hommes que nous obtiendrons une quelconque égalité. Ceux que le patriarcat fait vomir viennent tout seul se joindre aux féministes par écoeurement d’appartenir à une confrérie aussi ignoble, alors nous n’avons pas besoin d’aller vers nos oppresseurs pour de leur dire « nous sommes tous froeurs ! (ou sères)  » les bras ouverts, histoire de se prendre des baffes sous forme de bons mots et de railleries! Ceux qui ne viennent pas à nous, ceux qui nient le sexisme et le perpétuent, moi, non, je ne les aime pas. Pas plus que je n’aime les racistes.

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