Pourquoi ont-ils tous peur d’Hillary Clinton ?

24 Jan
D.R.

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Outre-Atlantique, cette couverture du Time sur Hillary Clinton a fait scandale. Et pour cause. On y voit le talon de cette dernière écraser un homme, avec en titre : « Quelqu’un peut-il arrêter Hillary ? L’art de faire peur à ses rivaux avant même qu’ils ne se présentent [aux élections] ». Car l’ancienne Secrétaire d’Etat se préparerait pour les primaires du parti démocrate en vue de la présidentielle de 2016 (Rien n’est encore officiel). De Slate.com à Feministing, célèbre blog féministe américain, on s’est insurgé contre cette « cover » pour le moins misogyne. Le Time nous avait habituées à beaucoup mieux, en choisissant par exemple Malala Yousafzaï comme personnalité de l’année, ou en mettant en une, la désormais milliardaire, Sheryl Sandberg, avec ce titre « Ne la haïssez parce qu’elle est brillante ».  Ce que nous retenons de ce choix éditorial ? Il nous rappelle un vieux stéréotype sexiste, qu’on avait presque oublié. 

En effet, on relève souvent deux représentations négatives  des femmes, qui s’opposent. D’un côté, celles-ci sont considérées comme des « incompétentes ». Ce serait pour cette raison qu’on ne les récompenserait pas au cinéma ou dans le domaine de la recherche. Dans la même veine, elles seraient absentes de la vie politique, car désintéressées des sujets sérieux, ou trop occupées à la maison. C’est  d’ailleurs l’argument avancé par les opposants de la parité en politique. Les partis, qui ne respectent pas la loi et sont contraints de payer des amendes astronomiques, utilisent toujours la même défense : s’il n’y a pas de femmes sur nos listes, disent-ils, c’est parce qu’elles sont absentes de la vie politique. Certains vont plus loin. Ils estiment que les femmes ne seraient pas faites, non plus, pour exercer le pouvoir, ou toute autre autorité. C’est notamment ce qu’assénait Eric Zemmour, l’année dernière, sur un plateau télé. Il expliquait sans complexe que le pouvoir était masculin et la faiblesse féminine. Bref, selon cette théorie, les femmes sont inutiles dans la sphère publique. Ce serait pour cette raison qu’elles seraient si transparentes, à défaut d’être absentes.

De l’autre côté, un stéréotype sexiste tout aussi néfaste fait fureur ces derniers temps. Cette fois, il présente les femmes comme des dominatrices, prêtes à tout pour y arriver. Ce sont ces « opportunistes », qui écrasent tout le monde sur leur passage, notamment les « pauvres hommes ».  Elles seraient prêtes à tout, même à coucher, pour y arriver. C’est dans cette catégorie que se classe cette couverture du Time. L’une des meilleures avocates  de cette théorie ? La journaliste américaine Hanna Rosin. Dans son livre  La fin des hommes, le temps des femmes, cette dernière prédisait l’arrivée d’une société, où une domination féminine aurait succédé à des millénaires de domination masculine. Dans une démonstration bancale et peu convaincante, l’auteure nous décrivait un monde où les femmes de la jeune génération n’auraient plus besoin des hommes. Idem chez les masculinistes qui estiment que le féminisme est allé trop loin et que les vraies victimes du système seraient les hommes… Finalement, c’est toujours cette idée que le féminisme est une idéologie dangereuse. L’arrivée des femmes au pouvoir serait synonyme d’oppression des hommes. Cela sous-entend que le féminisme va à l’encontre du bien des hommes, donc du bien commun, quand nous pensons au contraire que l’homme est l’avenir du féminisme.

Ce qui est amusant, c’est que ces deux visions sont irréconciliables et incompatibles. Les misogynes devraient choisir. Rappelons qu’ aujourd’hui, on est encore bien loin de l’égalité entre femmes et hommes,  seul but du féminisme. La preuve avec cette couverture, mais pas seulement ! Le recul du droit à l’avortement en Espagne et dans certains états des États-Unis est inquiétant. En France aussi, les opposants à la loi Veil et aux nouvelles dispositions  de la loi de Najat-Vallaud Belkacem pour l’égalité donnent de la voix, même si heureusement les mobilisations des pro-IVG sur les réseaux sociaux (cf #IVGmoncorpsmondroit) reprennent. Une femme au pouvoir reste encore pour beaucoup une anomalie. Pourtant, elles sont nombreuses à exercer les plus hautes fonctions. Et c’est tant mieux. Si les États-Unis ont réussi à élire deux fois un président noir, le pays réussira-t-il à élire une femme à sa tête ? Réponse dans quelques mois.

Charlotte Lazimi

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Une Réponse to “Pourquoi ont-ils tous peur d’Hillary Clinton ?”

  1. Walton janvier 24, 2014 à 5:58 #

    Une fois encore en accord avec vous à une nuance près: je ne pense pas que le but du féminisme soit l’égalité de la femme et de l’homme mais au contraire la tentative de mettre en évidence les propres capacités de la femme qui ne sont pas moindres que celles de l’homme , différentes souvent mais pas systématiquement.
    Continuez ,les Martiennes, vous faites du bien!

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